Jean Mélon

Symptôme aux multiples facettes, l’approche Szondienne sur l’anorexie mentale permet de saisir toute la complexité de son organisation psychique : au carrefour entre psychose, névrose et perversion, l’anorexie mentale fait figure d’exception nosographique, à la fois monstre et œuvre d ‘art.

Ces deux études réalisées avec des patientes souffrant d’anorexie mentale offrent différents tableaux cliniques mais dans lesquels une uniformité remarquable se dégage. L’auteur parle ainsi de pattern Szondien de l’anorexie mentale et offre une interprétation du symptôme : l’anorexique mentale vit une relation de dépendance très étroite à l’endroit de l’image maternelle tout en désirant ardemment un détachement ; il en résulte une culpabilité vive qui aboutit à une fuite devant les pulsions sexuelles. La structure du Moi oscille alors entre un pôle narcissique primaire très marqué et un pôle névrotique refoulant qui permet une adaptation suffisante au réel.

La deuxième étude utilisant comme outils le Szondi et le Rorschach permet de faire la distinction entre les cas d’anorexies « typiques » et les cas d’anorexies « atypiques ». Ces dernières étant davantage situées dans un tableau dépressif-régressif où la problématique fusionnelle est solutionnée par la somatisation ou la persécution et non par la toute-puissance phallique.  Laura Wambre- Psychologue – Perpignan

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Note intercalaire à propos de l’anorexie mentale de la jeune fille.

Au cours de l’année 1970, à l’instigation d’Albert DEMARET, j’ai rédigé un article intitulé : « L’anorexie mentale au test de Szondi ». Par un heureux hasard ce texte a été accepté par une revue dont le renom était et reste exceptionnel. L’articule est paru en 1971dans les « Annales Médico-Psychologiques » (129, 5, 759-67). Repérée par SZONDI, cette publication a marqué le début de ma relation amicale avec cet homme de génie, alors âgé de78 ans. Les détails de cet événement sont relatés dans l’article rédigé en 2008, intitulé « 1968-2008. Quarante années avec Szondi, » et publié dans Szondiana ( 30, 147-195, 2010).

Le projet d’écrire une thèse de doctorat sur les « corrélations » – au sens courant, non statistique du terme – entre les tests de Szondi et de Rorschach a germé très tôt dans mon esprit. Dès la fin de l’année 1968, j’ai commencé à glaner partout où c’était possible des protocoles complets de tests de Szondi et de Rorschach. Lorsque j’ai écrit les premières lignes de ma thèse, le 10 juin 1975 – date symbolique puisqu’elle correspondait au 65°” anniversaire de mon père et à sa mise à la retraite de la fonction de Percepteur des Postes du Bureau de Seraing, Belgique -, je disposais de plus de 400 cas, dont 13 anorexiques mentales.

Comme je l’ai mentionné ailleurs, en 1970 je possédais les tests de 4 anorexiques «typiques ». C’est d’ailleurs cette « typicité » et leur similarité tant clinique que « testologique » qui m’a incité, avec les encouragements et le feu vert d’Albert Demaret, à oser publier cet article que j’estimais moi-même – 4 cas ! – culotté.

Entre 1970 et 1975, j’ai recueilli neuf cas supplémentaires d’anorexiques mentales. Six d’entre elles ne pouvaient plus être considérées comme « typiques ». Je les ai donc qualifiées d’ « atypiques ». Dans le texte qui suit, texte qui figure dans les pages 265-284 de ma thèse doctorale, j’essaie de mettre en évidence les traits majeurs qui différencient les deux types d’anorexiques. Grosso modo, les anorexiques « typiques » se caractérisent par l’importance démesurée des traits inflatifs-phalliques (p+) de leur personnalité, tandis que les « atypiques » manifestent dans leur personnalité des traits de caractère participatif- oral- archaïque (p-) souvent très prononcés.

Au cours des quarante dernières années, j’ai recueilli une dizaine de nouveaux protocoles. Je n’aurai plus ni le temps ni l’énergie nécessaires pour revenir sur cette question de l’anorexie mentale de la jeune fille qui m’a tellement passionné au début de ma carrière scientifique. Je dirai seulement que ce qui m’a frappé au fil du temps c’est le caractère de gravité croissante de cette affection, gravité d’autant plus manifeste que l’anorexie se révèle plus précocement. Une anorexie qui débute à l’âge de 12-13 ans et qui s’aggrave dans les années qui suivent est souvent la marque d’une schizophrénie débutante, tandis qu’une anorexie, aussi grave d’apparence, qui survient à la fin de l’adolescence, vers 16-18 ans, reste souvent stable et s’accompagne des traits « typiques » de la personnalité « inflative » au sens szondien du terme, impliquant la forte prégnance d’un idéal du moi qui voue le sujet à une destinée pulsionnelle toute entière orientée dans le sens de la sublimation

 

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