l'anorexie mentale au test de szondi

Jean Mélon

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Note intercalaire à propos de l’anorexie mentale de la jeune fille.

Au cours de l’année 1970, à l’instigation d’Albert DEMARET, j’ai rédigé un article intitulé : « L’anorexie mentale au test de Szondi ». Par un heureux hasard ce texte a été accepté par une revue dont le renom était et reste exceptionnel. L’articule est paru en 1971dans les « Annales Médico-Psychologiques » (129, 5, 759-67). Repérée par SZONDI, cette publication a marqué le début de ma relation amicale avec cet homme de génie, alors âgé de78 ans. Les détails de cet événement sont relatés dans l’article rédigé en 2008, intitulé « 1968-2008. Quarante années avec Szondi, » et publié dans Szondiana ( 30, 147-195, 2010).

Le projet d’écrire une thèse de doctorat sur les « corrélations » – au sens courant, non statistique du terme – entre les tests de Szondi et de Rorschach a germé très tôt dans mon esprit. Dès la fin de l’année 1968, j’ai commencé à glaner partout où c’était possible des protocoles complets de tests de Szondi et de Rorschach. Lorsque j’ai écrit les premières lignes de ma thèse, le 10 juin 1975 – date symbolique puisqu’elle correspondait au 65° » anniversaire de mon père et à sa mise à la retraite de la fonction de Percepteur des Postes du Bureau de Seraing, Belgique -, je disposais de plus de 400 cas, dont 13 anorexiques mentales.

Comme je l’ai mentionné ailleurs, en 1970 je possédais les tests de 4 anorexiques «typiques ». C’est d’ailleurs cette « typicité » et leur similarité tant clinique que « testologique » qui m’a incité, avec les encouragements et le feu vert d’Albert Demaret, à oser publier cet article que j’estimais moi-même – 4 cas ! – culotté.

Entre 1970 et 1975, j’ai recueilli neuf cas supplémentaires d’anorexiques mentales. Six d’entre elles ne pouvaient plus être considérées comme « typiques ». Je les ai donc qualifiées d’ « atypiques ». Dans le texte qui suit, texte qui figure dans les pages 265-284 de ma thèse doctorale, j’essaie de mettre en évidence les traits majeurs qui différencient les deux types d’anorexiques. Grosso modo, les anorexiques « typiques » se caractérisent par l’importance démesurée des traits inflatifs-phalliques (p+) de leur personnalité, tandis que les « atypiques » manifestent dans leur personnalité des traits de caractère participatif- oral- archaïque (p-) souvent très prononcés.

Au cours des quarante dernières années, j’ai recueilli une dizaine de nouveaux protocoles. Je n’aurai plus ni le temps ni l’énergie nécessaires pour revenir sur cette question de l’anorexie mentale de la jeune fille qui m’a tellement passionné au début de ma carrière scientifique. Je dirai seulement que ce qui m’a frappé au fil du temps c’est le caractère de gravité croissante de cette affection, gravité d’autant plus manifeste que l’anorexie se révèle plus précocement. Une anorexie qui débute à l’âge de 12-13 ans et qui s’aggrave dans les années qui suivent est souvent la marque d’une schizophrénie débutante, tandis qu’une anorexie, aussi grave d’apparence, qui survient à la fin de l’adolescence, vers 16-18 ans, reste souvent stable et s’accompagne des traits « typiques » de la personnalité « inflative » au sens szondien du terme, impliquant la forte prégnance d’un idéal du moi qui voue le sujet à une destinée pulsionnelle toute entière orientée dans le sens de la sublimation

 

Dissertation présentée en vue l’obtention du titre de Docteur en Psychologie      Liège, le 18 mai 1976

L’anorexie mentale de la jeune fille

L’anorexie mentale de la jeune fille est une affection qui impressionne. L’abondante littérature qui lui est consacrée en témoigne à suffisance.

Ce n’est plus tant l’énigme médicale posée par la conjonction d’une cachexie et d’une aménorrhée vaillamment supportées qui intrigue, que l’étrange personnalité de ces jeunes femmes d’une minceur évanescente, souvent séductrices et savamment exhibitionnistes, intelligentes et hyperactives, toujours fuyantes et insaisissables, comme murées dans une orgueilleuse solitude.

L’anorexique mentale offre à voir un singulier mélange d’infantilisme et d’hypermaturité; elle séduit et elle irrite; elle produit le masque de la plus insolente santé psychique tout en laissant deviner une extrême fragilité.

Métaphore vivante — et moribonde – d’un désir d’Etre absolu, elle incarne – si on peut dire! -, nommément, le Phallus.

FREUD qui eut à s’occuper de quelques anorexiques célèbres (Emmy von N…, Dora) les considérait comme des hystériques exemplaires, victimes du refoulement et de la régression orale.

Avec ABRAHAM ( 1 ) et surtout Mélanie KLEIN (106),l’accent est porté sur le sadisme oral et les relations d’objet précoces.

Devant les objets sadiquement détruits qui pourraient être en eux-mêmes source d’empoisonnement et de danger à l’intérieur du corps du sujet, l’angoisse paranoïde pousse celui-ci, malgré la violence de ses attaques sadiques orales, à se méfier profondément des objets, au moment même où il les incorpore. Il s’ensuit un affaiblissement des désirs oraux. (106,p. 313).

Au stade de l’Œdipe précoce, quand père et mère sont confondus dans le fantasme du ‘parent combiné », l’angoisse paranoïde centrée sur le sein se déplace facilement sur le pénis.

Nous avons vu plus haut combien les idées de Mélanie KLEIN ont influencé JONES dans son élaboration du concept de la phase phallique ». JONES, conciliateur né, a réalisé à travers ce concept, la nécessaire synthèse des opinions freudienne et kleinienne.

L’anorexique mentale illustre d’une manière caricaturale ce qu’il est convenu d’appeler la régression phallique.

À la suite de ces travaux, la tendance à considérer l’anorexie mentale non plus seulement comme une forme particulière de l’hystérie de conversion mais comme une authentique psychose, a continué de progresser, confirmant 1a proximité et la collusion des structures hystérique; perverse et psychotique. Le fossé qui les séparait, cher à la psychiatrie classique, se trouve réduit d’autant.

Hilda BRUCH (1965) n’hésite pas à faire de l’anorexie mentale une forme spéciale de schizophrénie où le délire, monoidéique, affecte électivement l’image du corps.

Pour Hans THOMA (1961), il s’agit d’un état autistique caractérisé par la lutte sans merci contre la dépendance à l’égard du corps et des objets; un clivage s’opère entre le Moi corporel, repoussant, et l’Idéal du Moi, pur, asexué et fascinant au point de rendre dérisoire la mort du corps.

Maria SELVINI (1967), qui qualifie l’anorexie mentale de « psychose mono symptomatique » et de « paranoïa intra personnelle», y voit de même une « scission irrécupérable entre le Moi par incorporation et le Moi par identification ». L’anorexique réussit une pseudo-identification à la mère en tant que celle-ci figure l’archétype de la toute-puissance primitive et de la parthénogenèse; le contraste est saisissant entre cette mère idéalisée, produit d’un fantasme délirant, et la mère réelle, grosse des œuvres du père. Les auteurs de ‘’La faim et le corps » (1972), Synthèse remarquable des travaux psychanalytiques consacrés à l’anorexie mentale, la considèrent comme une « psychose froide » qu’ils distinguent des états psychotiques caractérisés par une efflorescence délirante.

Ils notent avec pertinence que si les anorexiques fantasment abondamment, elles associent difficilement. Elles n’entrent pas dans le mouvement de régression diachronique propre aux névrosés. Apparemment, les anorexiques n’ont pas d’histoire, pas de passé intériorisé. La rationalisation qu’elles pratiquent assidûment, et le besoin de « représentation » (entendu dans le sens de la psychologie classique) prennent valeur d’une « intériorisation hyperutilisée et hyperinvestie dans une fonction anti-introjection »(101, p. 142).

Le refus d’introjeter est une des marques principales de l’anorexie mentale.

Or ce refus est caractéristique des structures anhistoriques en tant qu’elles s’opposent sur ce point aux névroses, structures historiques, c’est-à-dire produit d’une histoire constituée de souvenirs traumatiques refoulés.

Nous avons déjà noté la différence essentielle entre les processus identificatoires selon qu’ils privilégient l’axe p, comme c’est le cas chez les anorexiques et les sujets narcissiques, ou l’axe k, plus spécifiquement névrotique.

L’identification p est métaphorique et ponctuelle, elle procède de la condensation et obéit à la loi du Tout ou Rien.

L’identification k, c’est une autre affaire et c’est « toute une histoire » faite de représentations introjetées et secondairement refoulées, qui s’organisent en strates successives dans les profondeurs de l’inconscient personnel.

D’autre part, si l’identification p s’organise autour de la notion d’objet total et ressortit au registre de l’Être, l’identification k se tisse autour de la question de posséder, d’Avoir ou de refuser l’objet-en-plus, partiel – et métonymique, ‘’pars pro toto ».

La qualité de la fantasmatisation porte la marque de ces différences : le fantasme p est au poème ce que le fantasme k_est au roman, le premier se situe en dehors du temps, le second s’en nourrit.

Ce que fuit le sujet p est l’objet porteur de différences, singulièrement, de la différence des sexes. Aussi privilégie-t-i1les investissements narcissiques aux dépens des investissements objectaux.

Chez l’anorexique, le clivage entre les deux types d’investissements est poussé à l’extrême. De plus, il est doublé d’un clivage entre le corps réel et le corps idéal, totalité sans faille où ne subsiste plus la marque d’aucune altérité.

Le corps dans sa totalité est objet et sujet de désir sous forme d’une image idéalisée au travers de laquelle elles pensent séduire et qui les séduit elles-mêmes à leur tour (101, p. 156).

Avec prolixité, elles dépeignent le corps auquel elles aspirent : corps séducteur, svelte, érigé, phallique, objet de leur désir et porteur de leur complétude … Cette fantasmatisation transcrit une organisation très particulière où le corps du su-jet, projeté en une image idéale ou parfois persécutrice, est l’objet de ses désirs. Nous pouvons constater 1à le réinvestissement narcissique du corps, ou le retournement du narcissisme à partir de la relation objectale vers le sujet lui-même; l’autre « s’étant effacé au profit du corps clivé : le corps idéalisé objet de désir, le corps réel objet de dénégation. Ceci nous apparaît une illustration originale de la notion théorique du clivage entre le Moi-plaisir-désir et le Moi-réalité (p. 173).

Ce corps, dénié comme source de plaisir, garde cependant, déplacé sur le corps idéal projeté, une valeur de fétiche (p. 182).

En fait, c’est la réalité du sujet lui-même, dans ce qu’elle a de mortel, dans ce qu’elle a d’érotique, dans ce qu’elle a d’humain, qui est niée par ces adolescentes, en une mégalomanie jamais explicitée sous forme de représentation délirante, mais totalement agissante au sein d’un fétichisme singulier(p. 191).

Le corps en sa non-phallicité, en sa faillibilité, paraît insupportable. Ces adolescentes ne peuvent absolument pas s’y habituer. Elles préfèrent se vivre comme une pensée et se livrer à des activités motrices qui seraient celles d’un pur esprit (p. 180).Le fantasme du corps idéal, mince, érigé, « corp stube » … ne peut manquer d’évoquer l’image du père, désincarné lui aussi, représenté par un phallus immortel en son idéalité (p. 158).

Cette notion de tube offrant une surface lisse et sans prise doit être approfondie au regard de l’angoisse de castration. Si l’on veut bien admettre que l’angoisse de castration est constamment agissante au sein des fantasmes et constamment active au niveau du refoulement du conflit œdipien, ce n’est pas que la castration corresponde à une réalité anatomique, mais bien parce que l’angoisse de castration confronte le sujet avec l’acceptation inéluctable de deux sexes différenciés et spécifie le pénis comme ‘quelque chose en plus » dans la dialectique de l’avoir; elle spécifie en même temps la nécessité d’un renoncement à être comme chacune des deux imagos … Renoncer à avoir un corps qui soit autre qu’un tube lisse, qui fonctionne et n’obéit qu’aux propres désirs du sujet, équivaut à triompher du conflit œdipien, en d’autres termes, à dépasser ce conflit en le considérant comme nul et non avenu, en cette dénégation forcenée de deux corps qui peuvent se disjoindre et se rejoindre dans la mesure où ils sont différemment sexués. Nous voyons ainsi comment l’angoisse de castration, focalisée au moment de l’Œdipe, rejoint et surdétermine le fantasme primitif de mégalomanie toute-puissante en même temps que la mégalomanie toute puissante est constamment prête à alimenter l’angoisse de castration (p. 207).

Ce fantasme du corps phallique, corps-tube, corps-vase, corps-colonne, corps-tronc, objet lisse et sans vie, transparaît fréquemment dans le test de Rorschach.

Les détails phalliques (détails axiaux des planches IV et VI, et accessoirement II, IX et X) impressionnent manifestement les anorexiques qui leur associent souvent des perceptions très originales. On notera tout particulièrement que la planche VI suscite, fait rare, des réponses kinesthésiques : le phallus inspire leur pensée. Ces kinesthésies sont significativement des K solitaires.

Les K à deux personnages sont généralement absentes de ces protocoles.

Les autres caractéristiques remarquables sont la thématique orale à peine déguisée, l’angoisse de castration ou de destruction le plus souvent déplacée vers le pôle oral, l’agressivité dirigée contre l’homme, la féminité éprouvée comme piteuse, les préoccupations spéculaires envahissantes, l’investissement de la pensée pure, la note élationnelle (réponses envol ») et le choc au morcellement (p1 X) débouchant soit sur l’expression franche du trouble ressenti, soit sur une G Kinesthésique de rassemblement.

Le profil szondien correspondant à cette constellation particulière est d’une singulière uniformité.

Nous avons déjà décrit ce profil dans un travail antérieur (134).

Voici comment il se présente

h- !   s0(±,+,-)   e±(+)   hy0,-   k0,-(±)   p+ !   d-(0)   m+(±)

 

Dans tous les cas, on rencontre le profil du contact « incestueux » (Inzestbindung) C-+. Quelquefois apparaît la réaction m±. Mais, plus significativement, on trouve presque systématiquement à l’arrière-plan le profil du contact dépressif autistique (« hypo-melancholische Reaktion ») C+- ou déréel (Kontaktsperre) C–. Le « bon » contact de l’avant-plan recouvre donc la tendance, exactement opposée, à la rupture de contact et au retranchement schizoïde. Ces réactions connotent l’aspect trompeur de la sociabilité des anorexiques.

La réaction h-! est quasi constante. Jamais n’apparait la réaction h+, si commune dans la population générale. La sexualité pourrait passer pour normalement sublimée sur le mode actif (S-o est le profil caractéristique de la sublimation active)s’il n’y avait pas cette accentuation de la réaction négative en h, qui invite à penser que la sublimation est aléatoire, masquant en réalité une surrépression du besoin érotique.

La réaction nulle en s peut passer pour la traduction, au niveau du test, du comportement hyperactif de ces sujets.

La tendance à l’inversion sexuelle est patente, dominée par le refus énergique des exigences passives (s-+),.

L’examen des profils périphériques fait donc apparaître une fixation incestueuse (C-+), le refus du contact sexuel (h-!) et la fuite dans l’hyperactivité (so).

Dans le vecteur P, on est frappé par la grande fréquence de la réaction e±, contrastant avec la rareté de eo. L’ambivalence à l’endroit des affects destructeurs ne donne pas lieu à des explosions de rage sur le mode comportemental ou conversionnel (équivalents épileptiques) mais se trouve dévié, soit vers l’hyperactivité motrice (so), soit vers la production idéationnelle (p+).

La réaction hyo, relativement fréquente, est le signe d’un exhibitionnisme agi.

Dans le vecteur du Moi, on note la constance de p+(!). En raison de son omniprésence, cette réaction est la plus caractéristique de l’anorexie. Elle renvoie au désir de totalité, d’être phallique, et signe le danger d’échappée mégalomaniaque.

Les profils du moi les plus fréquents sont o+ (inflation pure) et -+ (inhibition). Plus rarement, on rencontre ±+et ++.

À l’arrière-plan, on constate, sauf exception (110),un renforcement des tendances narcissiques (++,±+, +±). Un tel raz-de-marée narcissique est tout à fait exceptionnel, conférant à l’anorexie mentale une singularité sans pareille.

La forme d’existence (FE) la plus prégnante est manifestement la FE inflative (3),suivie, dans l’ordre, par les FE hystérique (14), homosexuelle-perverse (9-10), sublimée (17) et hypocondriaque (11). À l’arrière-plan, on voit quelquefois poindre les FE prépsychotique (1) et mélancoliforme (6). Deci delà, on note la présence de quelques profils obsessionnels (12).

Le test de Szondi laisse donc apparaître une organisation complexe, combinant des traits psychotiques, névrotiques, pervers et sublimés, souvent étroitement imbriqués.

C’est cette complexité qui spécifie à nos yeux l’anorexie mentale, davantage que tel ou tel trait auquel la réduisent trop d’auteurs aveuglés par leur radicalisme théorique. La valeur du Szondi tient précisément à ce qu’il fait apparaître dans un mouvement synthétique, intégrant synchronie et diachronie, les multiples facettes d’une organisation psychique et leurs interrelations réciproques.

L’anorexique mentale pourrait figurer le prototype de l’hystérique si elle ne témoignait pas d’un narcissisme aussi outrancier; elle pourrait illustrer un certain modèle de psychose si elle n’était pas si adéquatement intégrée à notre univers culturel phallocentrique et ce serait un bel exemple de perversion si elle était moins sublimée. Bref, elle tient du monstre et de l’œuvre d’art, c’est un monument d’artifices.

*      *          *

Les sept sujets que nous présentons peuvent être considérées comme des anorexiques mentales “typiques”. Nous pensons que les commentaires sont superflus : elles parlent suffisamment bien d’elles-mêmes, ou plutôt ça parle assez haut en elles et assez distinctement pour que nous nous dispensions d’y mêler notre voix.

Notons seulement que la première du lot, dont on perçoit d’emblée l’énorme revendication phallique, s’est distinguée par un exploit original : bien que déjà fort dépourvue de poitrine, elle s’est payé le luxe de l’amputation des mamelons, réalisant ainsi son fantasme phallique d’un corps absolument lisse, débarrassé de ces aspérités qui chevillaient le désir à sa chair.

  1. Un masque avec un front dérisoire et pas de bouche…
  2. Deux fous dans un café, qui se tapent dans les mains… Le bassin d’une femme au moment des règles…
  3. … (V) un monstre humain unijambiste, perclus de rhumatismes … c’est un condamné, il n’a que des défroques, il n’est presque pas habillé… .
  4. … (V) une orchidée avec la feuille qui se retourne
  5. … un vieillard barbu et moustachu, il a encore des cheveux, mais il mangue une partie du crâne …
  6. … Cyrano de Bergerac avec son long nez… un front très bas, le crâne est manifestement absent … toujours des crânes petits, dérisoires, ils sont de toutefaçon amputés de quelque chose
  1. Une face de rat avec des dents incisives … un bassin de femme avec les ovaires…
  2. Toujours la menstruation, tout ce qui est organique chez la femme …

9, … dans le vert, un profil idiot … un sourire béat… l’oeil, son facies gras, pas de cou, pas de crâne non plus … le genre d’infirme dont l’espèce humaine regorge…

  1. … une pomme coupée en deux…

 

3.  deux caniches couchés qui se regardent dans la glace… (V) un monstre avec de gros yeux … (A) quelqu’un qui saute en l’air.

4.Une peau de bête avec des déchirures un peu partout..

5. Une chauve-souris avec les ailes plus ou moins déchirées …

6. Une espèce de magicien qui sort d’une fumée

7.une tête de loup… une poule qui lève la tête…

8 deux loutres qui se collent à un rocher

9.une caverne avec de l’eau au fond et, au milieu, une sorte de colonne qui se reflète dans l’eau … des pinces de crabe … un aigle qui va s’envoler…

10. un ballet d’animaux de toute sorte qu’on verrait à travers une vitre trouble.

 

  1. une tête de loup une poule qui lève la tête..
  2. Deux loutres qui se collent à un rocher

9.Une caverne avec de l’eau au fond et, au milieu, une sorte de colonne qui se reflète dans l’eau … des pinces de crabe . un aigle qui va s’envoler… Un ballet d’animaux de toutes sortes qu’on verrait à travers une vitre trouble.

  1. Un faon qui se reflète dans l’eau …
  2. Deux personnes qui se regardent un masque … (V) un insecte avec des pinces … peut-être du sang.

5. … ( < ) un tronc d’arbre mort qui se reflète dans l’eau.

6(< ) un paysage qui se reflète dans l’eau … une personne assise dans l’herbe, les genoux repliés

  1. Un masque avec une expression triste
  2. Une silhouette à moto, une personne assez bien portante, la moto roule, on voit le gaz d’échappement dans le rose
  3. Un masque à nouveau, avec une expression méchante, la bouche ouverte, on dirait qu’il voudrait mordre.

 

RO/R12, G, F% 16, F4% 100, 3K/5k; 1C/0E/1,5 Clob

  1. Un papillon, les aïles déployées, en train de voler …
  2. Un mur en ruines, avec un trou au milieu, c’est fort noir…
  3. On dirait un animal qui sort de l’enfer, c’est un peu monstrueux, un peu irréel (V) on dirait des troncs d’arbres qui se penchent vers un abîme, ils sont comme attirés.
  4. Le mât d’un navire, avec en haut le petit drapeau qu’on dresse quand le bateau est en détresse… Un personnage un peu fantastique, vu de dos, comme un Bouddha en prières…
  5. Ca me fait penser aux fumées qui entourent 1es sorcières quand elles préparent leurs potions magiques
  6. Des petits animaux de mer qui se meuvent lentement et mollement dans l’eau.

 

 

 

(RO/R37, GDDbl, F#33, F+% 50, 2K/Ok; 5C/0,5E/1 Clob

  1. Des feuilles mortes … un blason, une impression de noblesse, de puissance …
  2. … l’intérieur du corps humain … avec du sang…
  3. Deux voiles soulevés par le vent qui découvrent un vase, c’est très gracieux.
  4. Un lapin avec deux ailes, ça prend peu de place parce que ça a l’air de se diriger vers un but… la tête en avant est fine…
  5. (<} une ballerine, le buste levé, le pied en arabesque, sur une touffe d’herbe assez épaisse.
  6. Un lac … des anges, … deux vases…
  7. Des ailes freinées par quelque chose de trop lourd qui l’empêche de prendre son envol.
  8. Des yeux … un masque … un visage … deux fouets… de la viande … l’étonnement (les yeux ronds)… la vieillesse (les moustaches)… l’exagération (trop de couleurs)… le tube digestif.

 

 

(112) 96, F 23, sans profession, anorexie mentale.

RO/R 69, D dd Dbl, F% 66, F+% 76, OK/8k; 9,5C/0,5E/3 Clob

 

  1. Des becs d’oiseaux qui demandent à manger
  2. Une tenaille
  3. Deux monstres défigurés qui se regardent … des taches de sang … des dents fort pointues.
  4. Une fleur qui pousse (V) mais une laide … du pollen … un nuage avant l’orage .., une dent.
  5. Une tenaille … une tête de serpent … une tache d’encre qui a coulé.
  6. Un serpent … un nuage sombre avant l’orage… Un oiseau mort, déchiqueté … deux têtes de petits oiseaux qui sortent du nid.
  7. Des dents … une scie … encore une tête de petit oiseau qui ouvre le bec … un couloir étroit … un ours méchant qui montre les dents
  8. Des ours en train de chercher de la nourriture… des mains démoniaques … une pince … un couloir étroit … des lambeaux de chair … de l’herbe qui pousse … une pince … des souliers à haut talon.
  9. Des yeux de monstre … des dents de vampire … une robe tachée…
  10. Des plantes qui poussent en s’attachant à un piquet une tache de sang séchée… un couloir… une plante déchiquetée, … une tenaille.

 

(113) 166, F 19, puéricultrice, anorexie mentale

  1. … quelque chose de monstrueux contre quoi on ne saurait se défendre, qui donne l’impression de vouloir s’emparer de quelque chose
  2. Une plaie très sale, ça me donne envie de nettoyer.
  3. Deux personnages autour d’un feu, identiques … les taches rouges, c’est l’inspirateur de leurs pensées, aussi identiques … ils ont peur de s’approcher.
  4. Une grosse bête, quelque chose d’écrasant et de très méchant, qui s’avance sans but précis, de façon impulsive, imprévisible…
  5. Un insecte beaucoup moins méchant, plutôt solitaire.
  6. Le dessus, un insecte, une petite bestiole agaçante, Énervante mais pas méchante qui vient tout le temps tourner autour de vous…
  7. Deux têtes humaines et deux corps d’animal, aussi tout à fait pareils … elles ont l’air de se rapprocher et de fuir en même temps… les corps sont tournés vers la fuite et les visages l’un vers l’autre …
  8. L’intérieur du corps humain malade, le vert fait penser au cancer …
  9. Des animaux inapprochables, effrayants même … ça me fait penser à un cauchemar … c’est une image fort en désordre, peu rassurante.

Les six patientes qui viennent ensuite ont été considérées cliniquement comme de « fausses » anorexiques mentales. Elles étaient certes aussi anorexiques, aussi maigres et aussi aménorrhéiques que les précédentes mais elles étaient, de plus, asthéniques. Il leur manquait la « belle indifférence », l’optimisme aberrant et la prodigalité énergétique qui caractérisent les vraies » anorexiques.

La note dépressive était souvent manifeste et l’inappétence alimentaire semblait participer, à la manière d’un symptôme psychosomatique, de ce tableau dépressif-régress1if, tandis que, chez les premières, le refus de manger avait valeur de trait caractériel, apparaissant comme un projet conscient, conçu de propos délibéré, et activement soutenu en vue d’atteindre et entretenir « l’orgasme de la faim ». L’investissement de l’intelligence était égal dans les deux groupes mais il revêtait chez les premières un aspect plus sublimatoire à travers leur penchant manifeste pour le métier de puéricultrice, tandis que chez les secondes, plutôt attirées par les sciences économiques, le caractère « opératoire » paraissait prévalent.

Au niveau du SZONDI, la différence majeure réside dans la disparition de p+ et de l’association FE inflative-FE hystérique, au profit de p- et du couple FE projective-FE épileptique.

Au lieu de h-!, on trouve h+( !), au lieu de so ou s-, s+(!) (notamment S0+ opposé à S-0), au lieu de e±, qui disparaît complètement, eo et souvent e-, au lieu de hy0, hy-(!). La réaction d+ apparaît sporadiquement alors qu’elle était tout à fait absente dans le premier groupe. La réaction m+ est plus sou-vent hypertendue.

On a donc, globalement, à l’avant-plan, le profil suivant

h+(!),0    s+(!)    e0    hy -(!)    k -(!)     p-    d-,+     m+(!)

qui évoque une structure psychosomatique – épileptiforme.

Dans le test de Rorschach, les deux groupes se différencient aussi assez nettement.

Si certains thèmes sont communs, le ton est autre. En particulier, on notera la crudité avec laquelle s’exprime la violence sadique orale.

Les kinesthésies solitaires font place à des kinesthésies à deux personnages où se transcrit tantôt l’aspiration fusionnelle et son corrélat persécutif, tantôt le fantasme d’une scène primitive terrifiante, tantôt encore des idées d’influence ou de méfiance (réponses « dos »).

On notera au passage la corrélation entre la composante ixoîde repérée au SZONDI et les réponses « lien » et « explosion » dans le Rorschach.

Les réponses axiales ne donnent plus lieu à des perceptions symbolisant l’idéalisation du phallus -— dévitalisé et, de ce fait, protégé contre les attaques sadiques – mais elles deviennent le lieu de projection d’une violence destructrice inouïe (explosions, orages, éventration).

En définitive, les deux types d’anorexiques se ressemblent assez dans leur commun rapport au signifiant phallique, à ceci près que les « vraies » échappent à l’ambivalence orale en court-circuitant la phase introjective et en s’identifiant à un phallus déifié et statufié, tandis que les « fausses » avalent le morceau et souffrent ensuite d’une formidable indigestion.

Autrement dit, 1a problématique fusionnelle, — typique des sujets p – qui est solutionnée par les inflatives dans le sens de la fusion avec leur image phallique, ne peut déboucher ici que dans la persécution ou la somatisation.

 

(114) 158, F 29, économiste, anorexie, cachexie

  1. Un animal qui va s’abattre sur une proie … des mains qui veulent agripper quelque chose … .
  2. Deux nègres qui tapent sur un tambour… ou deux femmes qui se chauffent … je n’ai pas beaucoup d’imagination … elles sont dans une position inconfortable … deux animaux qui tombent, dans le rouge.

4, Un animal préhistorique avec une petite tête et une grande queue … un tronc calciné.

5, … une sale bête, ça vaudrait 10.000 dollars, si je les avais, je ne l’acheterais pas (!)

  1. … une peau d’animal, on a laissé la tête … une tête qui n’est pas en rapport avec le corps … une peau de mouton avec une tête de serpent … le dessus, c’est une erreur
  2. Deux ours qui essaient de s’agripper … on dirait des mains…
  3. … de grands ongles … une bouche … un gros ventre … moi qui les déteste …
  4. Des petits personnages qui dansent, des petit chevaux qui sont entraînés par des plus gros …

 

 

( 115) AH, F 28, étudiante (prolongée), anorexie (mentale ?)

  1. Un homme oiseau …
  2. Deux nègres qui font la popote … ce qui me fait rire, c’est le rouge au milieu … quelque chose de sadique un blanc qui cuit dans la marmite … (V) un crabe sanguinaire avec deux pinces …
  3. Un oiseau de nuit dans une pose élaborée, avec de longs ongles …
  4. Une chauve-souris qui fend l’air …
  5. Un animal dépecé, aplati, avec ses boyaux qu’on a sortis axe … ossature et squelette…
  6. Un arbre d’abondance, vu tout ce qui est rattaché, tout ce qui lui pend …
  7. Le bouillonnement de la terre … une idée d’éclatement, une réaction chimique qui finit par le feu… un jet d’eau…
  8. Le chaos humain … le corps humain … tout à fait transposé…

 

(116) 167, F 16, anorexie

 

52/13, 11

 

RO/ R 27, GD, F# 33, F+% 66, 3 K/8k, 8,5 C/ZE/0 Clob.

  1. Deux poumons enlevés et mis au-dessus de la cage thoracique.
  2. Deux personnes qui se regardent … (V) une personne vue de dos …
  3. Un gros gorille vu de dos.
  4. Comme une fusée ou un boulon qui explose à la surface de la mer, avec des éclaboussures…
  5. Deux personnes qui dansent, mais dos à dos.
  6. C’est comme si on avait partagé un animal, les deux pattes, du sang, les os … ou un être humain, le corps, le sang.
  7. Une fusée qui explose … ou un arbre coupé en deux, les feuillages écartés par une grosse pierre tombée vraiment au milieu .
  8. Ceci est comme des os, et 1à, du sang, deux grosses araignées et de tous petits animaux qui s’attaquent … ou aussi un feu d’artifice.

 

 

(117) OM, F 20, étudiante en sciences économiques, anorexie.

Sz/13, 2

 

RO/R 10, G, F# 60, F+% 91, OK/Ok, 2 C/O, 5 E/0 Clob

 

  1. Une tête de monstre … on dirait une bouche ouverte, ici, qui veut mordre quelque chose …
  2. La colonne vertébrale
  3. Des feuilles de couleurs différentes rattachées ensemble.
  4. Un volcan avec la fumée qui sort.

 

 

199, F 18, vendeuse, anorexie, dépression

 

67/2, 13

  1. Deux personnes qui se regardent.
  2. Deux personnes qui se battent.
  3. Deux hommes qui se regardent et deux bras qui les montrent.
  4. Deux personnes dos à dos
  5. Deux personnes mises dos à dos et deux autres qui se regardent.
  6. On dirait des morceaux face à face et qui essaient de se rejoindre.
  7. Toutes sortes de bêtes qui essaient de se rejoindre, sauf deux qui sont isolées.

 

 

(119) 16h, F 16, étudiante, anorexie (mentale ?), troubles gastro-intestinaux

SZz/ 15, 13

RO/ R 61, G D Dbl, F#% 62, F+% 54, 9 K/ 7 k, 7C/OE/ 0,5 Clob

  1. Une personne et une ombre d’ange qui vient sur elle … de chaque côté … donc deux personnes (?) et deux ombres d’anges … une ombre de personne que deux ombres veulent ombres veulent l’arracher … il y a deux têtes, donc ils ont déjà réussi à l’ouvrir (sic).
  2. Deux ombres de personnes qui se touchent la main … deux justiciers … deux ours dont une patte a été arrachée et le sang coule … deux personnes qui dansent, qui sont reliées l’une à l’autre, les pieds sont collés … une de leurs jambes veut partir … ils sont reliés et à force de se toucher, il y a comme une flamme qui les relie…
  3. Deux dames qui veulent se rapprocher de plus en plus, qui veulent être liées l’une à l’autre… ce sont des caricatures … on reconnaît que ce sont des dames à la forme du rouge central, c’est la forme du sein agrandi (donc, les seins se touchent) … c’est séparé par une glace au milieu … elles sont liées par cette glace…
  4. Des géants qui sont collés l’un à l’autre par la tête et séparés par un mur en bas (c’est le cas de dire que le sexe sépare ce que l’esprit unit).
  5. Une caricature de lapin, il y en a deux qui viennent l’un vers l’autre et les têtes se rassemblent pour n’en former qu’une.
  6. (V) Deux ombres qui se rattachent l’une à l’autre.
  7. Deux petites figurines, elles ont les mains vers l’arrière et les pieds qui se rejoignent … on dirait qu’il y a une glace au milieu … un hachoir … deux femmes qui dansent, dos à dos et qui sont reliées par les cheveux … une bête qu’on écartèle…
  8. Deux rats qui montent … une glace les sépare … c’est peut-être un corps humain qu’ils gravissent, avec la colonne au milieu, qui relie tout
  9. Deux sorciers, deux magiciens qui sont supportés par des nuages … un petit cochon mis sur son dos… qui supporte un gros chien … qui supporte les magiciens … un orage avec les éclairs qui passent et comme une apparition au milieu … cette forme, avec comme une flamme qui jaillit du bas
  10. Deux vers qui se rassemblent … deux caricatures de soleils attachés à ces vers, eux-mêmes attachés à ces nuages roses qui sont rattachés à deux insectes etc… et toujours la glace au milieu … des justiciers ou des magistrats en train de lire une sentence (K-) … deux caïds qui se donnent la main au dessus d’un ravin avec dans le fond du ra- vin une lame … deux chamois qui tombent du haut d’une colline dans un lac deux fantômes qui sourient…

Fantômes de la scène primitive qui hantez l’imagination des jeunes filles en fleur, combien d’Eurydice, combien d’Ophélie,  combien de Marguerite doivent-elles à vos sourires mortifères d’être entrées trop tôt dans la tombe ?

O pâle Ophélia! belle comme la neige!
Oui ,tu mourus enfant par un fleuve emporté!
-C’est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté;
………..

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu;
Tes grandes visions étranglaient ta parole
-Et l’infini terrible effara ton oeil bleu!

Arthur RIMBAUD.Ophélie.