cas clinique : meurtrier sur commande

Jean Mélon

Le cas de Jacky est présenté ici à seule fin d’illustrer la force de compréhension clinique du test de Szondi. La clinique impose le diagnostic de perversion sadique sur fond paranoïde-épileptoïde. Le test de Szondi est conforme à ce diagnostic qui n’est pas contredit par les autres tests, Rorschach, MMPI, WAIS, Bender, Benton et Rey , lesquels permettent seulement de préciser certains points et d’affiner le diagnostic. Malheureusement, à l’heure du DSM4 triomphant, un tel diagnostic, aussi évident soit-il, n’a plus droit de cité. Il ne s’agit pas ici de livrer un combat d’arrière-garde au nom de la psychiatrie classique mais, tout simplement, de montrer les faits dans leur déroulement, ce qui revient à en produire la théorie au sens  du mot qewria : procession.

Nous présentons successivement l’histoire de Jacky, les tests de Szondi, Rorschach, MMPI, WAIS, Bender, Benton et Rey , et leur interprétation sommaire.

 

Histoire de Jacky

 

Jacky est né en Belgique le 13-2- 1928 de parents inconnus. Il a été placé d’emblée à l’assistance publique.

Son caractère opposant s’est affirmé très tôt. Jusqu’à l’âge de 21 ans, il a connu de nombreux homes et des maisons de correction d’où il fuguait régulièrement.

Lorsqu’il a 21 ans , il s’enfuit en France pour échapper au service militaire. Ne sachant où aller et n’ayant aucun moyen de subsistance, il vole pour survivre. Après quelques semaines de vagabondage, il s’engage dans la légion étrangère. Il est rapidement envoyé en Indochine où la guerre fait rage. Il y restera six ans, de 1950 à 1956. Il est affecté à un bataillon spécial nommé « brigade de nettoyage ».  Son travail consiste à achever les survivants, y compris femmes et enfants, dans les villages bombardés par l’aviation française. Ce « travail » lui plaisait, il le reconnaît volontiers.

En 56, il est démobilisé et il revient en France où il reprend son existence de vagabond, vivant de rapines et de petits boulots. De passage en Belgique, il est arrêté pour désertion et obligé de faire son service militaire. Il sera réformé pour amibiase chronique.

Il change très souvent de lieu et de travail, pour autant qu’il travaille. Il fréquente parfois le milieu où on lui confie « les sales boulots ».

En 1972, il est de passage à Liège. Dans un bar, il rencontre Anna, 40 ans, qui lui demande de réparer une lampe. Pendant qu’il est occupé à dévisser l’ampoule, Anna le séduit de la manière la plus directe et l’entraîne au lit . Pour Jacky qui n’a jamais fréquenté que des prostituées, c’est une surprise d’autant plus que Anna le complimente sur son exceptionnelle virilité et le presse aussitôt de venir vivre avec elle.

Il ne se fait pas prier. Anna dirige une « brigade de nettoyage » dans une entreprise de la région mais le plus souvent, elle se fait porter malade.

Elle a divorcé deux fois et a deux enfants dont elle a perdu la garde. En sus de ses deux ex-maris qu’elle reçoit régulièrement, elle a de nombreux amants de passage. Jacky est fasciné par cette femme qui consomme les hommes à tire-larigot. Elle l’excite énormément. Ce qu’il apprécie le plus est de se glisser dans son lit entre deux amants. Il précède l’un et prend la relève de l’autre à la queue leu-leu. Cela ne se passe toutefois pas sans scènes de jalousie. Elles sont fréquentes et débouchent souvent sur des échanges de coups qui se terminent toujours par un coït passionné. Il est arrivé plusieurs fois à Jacky d’être dégoûté de cette débauche. Alors, il fuyait Anna  et s’en allait pour quelques jours mais il revenait toujours. Il l’avait dans la peau.

Un jour de juin 76, pendant qu’ils faisaient l’amour, Anna lui dit subitement : « Tue-moi ». Jacky a d’abord hésité, puis comme elle insistait et le traitait de couillon, il a pris son ceinturon de para-commando et s’est mis à la serrer à la gorge. Comme il ne se décidait pas à serrer plus fort, elle lui a dit : « continue », et il a continué. Quand elle a été morte, il l’a pincée dans les seins puis, voyant qu’elle ne réagissait plus, il l’a pénétrée une dernière fois. Ensuite il a erré dans les rues. Six heures après son meurtre, il s’est présenté en pleurs à la gendarmerie. Pour sa défense, il n’a pu que raconter les choses comme elles s’étaient passées. Le juge d’instruction lui a demandé d’écrire sa déposition. Il a rédigé trente pages d’un cahier d’écolier dans un français approximatif. Cela s’intitule :  « Histoire de ma vie ». C’est une longue plainte répétitive qui se résume en quelques mots : « La société est pourrie, toutes les femmes sont des putes, ce n’est pas ma faute si on a fait de moi une crapule . C’est la faim, la misère, la guerre et la méchanceté des autres qui m’ont rendu plus méchant encore».

 

Test de SZONDI

 

Nom :  Jacky   Age :   48        Profession :   ancien légionnaire

Dates :  du 22-7 au 2-8-1976

Identification : Expertise médico-légale.

 

Avant-plan (VGP)

  h s e hy k p d m FE
1 + 0 + ± + ± !  
2 + ! ! + + 0 7-9-13
3 + ! ! + + 0 7-9-13
4 + ! 0 + + – ! + 2-9
5 0 + ! ! 0 + ± + – ! 13
6 0 + ! ! 0 + + ± ! 0 – ! 7-9
7 0 + ! + ± + – ! 13
8 0 + ! ! + ± + 0 – ! ! 13-7
9 0 + ! ± + ± 0 – ! 13-7
10 0 + ! ! ± + ± 0 13-7
S 0 6   4       6    
S ±     2   6 1   1  
S Sy 6 0 6 0 6 1 6 1  
S !   15       2   7 24 !
Dur 25   10   10   15   D/M : 15
Moll         2   2    
Soc + 0   2   6   0    
Soc – 25   8   4   17   Soc : 13%
Désor 0   0   0,08   0   0,02

 

 

Arrière-plan (EKP)

h s e hy k p d m FE
1 – ! + ± ! + ± + Æ
2 Æ + ± + ± +
3 – ! Æ + + + +
4 ± 0 ± + Æ +
5 ± Æ ± 0 + ! 6
6 ± Æ ± Æ + ! 6
7 ± 0 + + 0 +
8 ± Æ + 0 + ! Æ 6
9 + ! 0 0 + ± ! Æ
10 ± Æ 0 0 + + ! 6
S ! 3   1       5   9 !

 

 

 

Indices  globaux

Tropisme vectoriel

Majoritaire :    Sch71  s45 m40

Minoritaire :   P54      h15 d15

Index symptomatique :           33                                           Index d’acting :          1,6                   Index social :              11

Index Dur/Moll :                    15

Positions pulsionnelles avant-plan :              3          4          1-2

Positions pulsionnelles globales :                 3          4          2          1

Facteurs symptomatiques :    h0 e0 d0 k±

Facteurs racines :                   s+ ! ! hy+ p- m- !

Index de variabilité :              19                               Index de désorganisation :     0,02

Classe pulsionnelle :              Quadridangereuse : s+  hy+ p- m-

 

 

Interprétation dynamique

 

Vecteur C

Rejet du contact. Besoin d’indépendance et de liberté. Recherche permanente d’un ailleurs. Vagabondage : C + – !.

 

Vecteur S

Enorme agressivité tendue (s+ ! !) . Méfiance à l’égard de l’objet d’amour (h- !/+ ! à l’arrière-plan). Orientation sadique de la libido.

 

Vecteur P

Absence de censure morale. Tendance meurtrière non freinée : P -+.

 

Vecteur Sch

Moi autistique paranoïde projectif ( Sch +- !) paroxysmal (Sch ±-).

 

Comparaison avant- arrière- plan

 

La censure est présente à l’arrière-plan mais elle est trop faible pour contre-balancer son absence complète à l’avant-plan.

 

Formes d’existence prévalentes

 

VGP :  sadique (9) maniaque (7) épileptoïde (13) paranoïde (2) compulsif (4)

 

EKP :  dépressif (6)

 

Conclusions

 

Personnalité sadique paranoïde sur fond épileptoïde.

 

 

Test de Rorschach

 

 

Pl.1         Qué bazar que c’est ça ?

ÚÙ><Ú (55 ‘’) Un corps humain qu’on voit dedans             D            F-         Hd

Ce sont des morceaux….Je ne vois pas comment il faut

faire… c’est tout mélangé là-dedans.

Enquête : Un buste, les seins.

 

Pl.2         <Ú (30’’) D’après la position des pieds… mais est-ce bien

des pieds ?….

Le bassin d’une femme avec la matrice                            DblD       CF        Anat     Po

Le postérieur de quelqu’un là (Ú), et je vois les pieds          D            F-         Sex       Po

Et c’est tout… si c’est les pieds…

Le postérieur de la femme si ça c’est les pieds…                D            F-         Hd        Po

Et les toilettes, est-ce qu’il y en a ici ?

(Se lève et va aux toilettes)

Enquête : du rouge                                                       (Cn)

Pl.3

Ù<>Ú (40’’) Un homme ou une femme qui lève ses bras.     D            K          H

<>Ù et deux hommes qui s’amusent mais je ne sais pas       G            K          H         Ban

ce qu’ils font.

Pl.4

<Ù>ÙÚ (100’’) Une colonne vertébrale et les deux épaules   G            F-         Anat     Po

Enquête : Je crois que c’est un corps humain… mais

je ne crois pas que c’est un corps humain non plus… je

ne vois pas…

Pl.5

<>ÙÚ (30’’) Une chauve-souris, on dirait.                        G            F+        A         Ban

Pl.6

<ÙÚ (80’’) Je ne vois rien là-dedans                                                                      Refus

Enquête : Il me semble que je vois une bouche et un œil.

Des lèvres…un œil…si ce n’est pas un corps humain,

qu’est-ce qu’il fait là cet œil ? A moins que ce ne soit

une bouche de poisson ?

Pl.7

<Ù><ÙÚ (120’’) Deux petits chiens.                                D            F+        A

Enquête : Ú la matrice d’une femme avec les jambes

ouvertes

..Ù deux femmes en train de discuter, de faire des cancans,

Ils ont été au ciné, boire un verre et ils se sont bien

amusés ou question de la vie et voilà…

Pl.8

Ù<Ú (45’’) Une colonne vertébrale                                   D            F+        Anat     Po

> Deux caméléons                                                        D            FC        A         Ban

Enquête : le bassin et la colonne vertébrale

et puis c’est la femme.

Pl.9

><ÙÚ (80’’) La tête d’un petit chien, on dirait.                  D            F-         Ad

<>Ù.. à moins que ce ne soit un petit enfant

qui est dans le ventre de sa maman .                                D            CF        H         Po

Pl.10

<Ù>ÙÚ (150’’) Rien.                                                                                          Refus

 

 

MMPI

 

Trois échelles sont significativement élevées avec un score supérieur à 80 : M/F (troubles de l’identité sexuelle), Sc (troubles graves de la structuration du moi) et Pa (méfiance paranoïaque).

WAIS

L’intelligence est normale faible, avec un QI de 85 à l’échelle verbale et de 104 à l’échelle de performance ( QI global : 92). La différence entre les deux échelles est à mettre sur le compte du bagage scolaire très faible du sujet. Le quotient de détérioration est de 0, 027 , dans les limites de la normale.

 

Tests de Bender, Benton et Figure de Rey

 

Les notes obtenues à ces épreuves sont toutes excellentes indiquant que la structuration spatiale, la perception et la mémoire visuelles, les aptitudes visuo-constructives et les capacités d’attention sont excellentes. Il n’y a ni trouble cognitif ni détérioration organique.

 

Discussion

 

Le test de Szondi fait apparaître une organisation de la personnalité peu banale et rarement rencontrée combinant la « Tötende Gesinnung » ( Caractère meurtrier : e- p- ! m- !) avec une absence quasi complète de censure : e-hy+k+p-, ce qui prédispose le sujet au passage à l’acte, d’autant plus que l’attachement déficient est remplacé par la tendance « maniaque » au décrochage absolu (m- ! !) et que le besoin de tendresse est également absent, laissant le champ libre à une agressivité sans frein (s+ ! !) qui, associée à la disposition autistique du moi ( Sch + -) revêt un caractère hautement sadique.

L’ambivalence en k, combinée avec p-, produit le « moi-fugueur (Ausreisser-Ich) paroxysmal », assailli en permanence par la compulsion à agir sa disposition clastique.

Le profil complémentairethéorique (ThKP), par définition antithétique de l’avant-plan, est celui, très fréquemment rencontré, d’un sujet typiquement névrotique chez qui le refoulement des  tendances sadique et meurtrière aurait abouti à une féminisation du caractère et à un grand besoin de régresser , destin habituel d’un Oedipe inversé.

Chez Jacky, l’exacerbation de la virilité (Index D/M : 15 ) peut s’interpréter comme une défense contre le danger d’être féminisé autant que comme une défense contre l’homosexualité.

Le test de Rorschach fait apparaître la perplexité du sujet face à une image du corps  morcelé qui appelle des réponses anatomiques et sexuelles positionnelles (Po). L’obsession du sexe féminin signe la stupeur devant la castration qui oriente la libido dans le sens de la perversion sadique et détermine une hétérosexualité compulsive en réaction contre l’homosexualité.

La paranoïa (œil pl.6, cancans, pl.7) œuvre de conserve avec le sadisme dans le même sens d’une défense radicale contre l’homosexualité.

La confusion des zones érogènes transparaît nettement à travers sa réaction physique à la planche 2 : la représentation de la castration féminine suscite la régression anale et déclenche une excitation incoercible, ce qui en dit long sur son incapacité de juguler les tensions pulsionnelles.

En résumé, les signes psychotiques, à mi-chemin de la schizophrénie et de la paranoïa, repérés au Rorschach et au MMPI sont confirmés par le Szondi. Ce que le Szondi permet d’ajouter est la composante épileptoïde et l’orientation perverse sadique de la sexualité. Du point de vue clinique, ces deux derniers traits sont flagrants, alors que la dimension psychotique est moins évidente.

 

 

Zusammenfassung

 

 

Jean Mélon. „Mörder auf Befehl“.

 

 

Dieser Fall , Jacky genannt (48 J), ist die Geschichte eines Mann der seine Eltern niemals gekannt hat. Am ersten Tag war er allein in der Welt und er wird das Leben lang immer allein bleiben. Niemals hat er gefühlt was das « Mitsein » meint ( m-). Bis zu 21 jährig wohnte er in mehrere Kinderhorten woraus er regelmassig flog. Wahrscheinlich suchte er unendlich nach einem Haltobjektersatz (d+). Die Gesellschaftsregeln konnte er nicht ertragen (e-). So hat er, beinah sozusagen auf einer logischen Weise, ein paroxysmales Ausreisser‑Ich erhalten (Sch ± -). Gegen jedem sexual oder Liebesobjekt konnte er nur ein hartes und mitleidloses Verhalten annehmen (h‑s+).Vom Anfang an wurde er allein verlassen. Am Ende wurde er als Sozialmensch völlig unabhängig geworden (h- e- k+ m-). Seine letzte Bindung mit der Welt war paranoid und voll mit Verfolgungsideen ( p-). Als er 21 Jahre alt wurde, fand er seine ideale Umwelt in der französischen Fremdlegion. Fünf Jahre lang hat er am Indochinesischen  Krieg teilgenommen. Da erledigte er eine spezielle Aufgabe. Er war ein Glied eines « Reinigungskommandos ». Es handelte sich um die Vietnamesischen Dörfer zu « reinigen », i.e. die ganze Bevölkerung, Frauen und Kindern miteinbegriffen, zu töten. An dieser Arbeit hat er  Lust erhalten. Er was ein reiner sadistischer Lustmörder geworden (h- s+ e- hy+ k+ p- m-). Nach dem Krieg kam er nach Frankreich zurück und fing wieder an, seine Landstreicherexistenz zu leben (C+ -). Er hatte keine Wohnung, machte verschiedene leichte Arbeiten und zögerte nicht zu stehlen.

Als er 42 Jahre alt war, traf er eine Frau, Anna K, die ihn auf wilder Weise verführte. Sie war Leiterin einer „Reinigungsunternehmung“(sic). Sie arbeitete nicht mehr weil sie es vorzog krank zu sein. Sie was keine Dirne aber sie benahm sich so. Ihr sexualer Appetit war unersättlich. Sie hatte viele Liebhaber aber Jacky war der König so dass sie mit ihm wohnen wollte. Zum ersten Mal wohnte Jacky in einem echten Haus. Es war aber ein Art von Freudenhaus . Jacky war natürlich manchmal eifersüchtig. Die schwierigste Aufgabe was für ihn die unaufhörliche Ansprüche seiner Geliebten zu befriedigen. Es war so peinlich dass er mehrmals Anna zu verlassen versuchte aber sie konnte ihn immer erfolgreich zurückhalten. Doch wurde ihre Verbindung mehr und mehr leidenschaftlich und gewaltsam. Eines Tages, während Sie im Bett lagen, schreite Anna: “Ich hasse alle Männer. Ich will nicht mehr leben. Töte mich!“. Jacky zögerte. Sie schreite lauter:“ Wenn du ein echter Mann bist, bitte töte  mich!“  Dann hat Jacky sein Militärgürtel genommen und  hat damit Anna langsam erstickt.

Ich habe einen Monat später Jacky für die Erstellung eines psychiatrischen Gutachtens getroffen. Er fühlte sich  nicht schuldig. Nach seiner Meinung war Anna eine unerträgliche Hysterikerin. Er hatte ihr nur gegeben wonach sie gefragt hatte. Er anerkennte gern, dass er keine engelhafte Natur war aber das war leicht zu verstehen, weil er in seinem Leben niemals Glück hatte. An allem war die Gesellschaft  schuld.

Die Szondi- und Rorcschachteste werden zusammen analysiert.

 

Résumé

 

Jean Mélon. „Meurtrier sur commande“.

 

C’est l’histoire de Jacky, un homme de 48 ans qui n’a jamais connu ses parents. Depuis le premier jour, il a été seul au monde et il est resté seul toute sa vie. Jamais il n’a éprouvé le sentiment d’  « être avec » (m-). Jusqu’à l’âge de 21 ans, il a vécu dans des homes pour enfants abandonnés, d’où il fuguait régulièrement. Sans doute cherchait-il désespérément un objet d’attachement basal (d+).

Il ne supportait pas les règles de la vie en société (e-). C’est pourquoi sans doute il n’a pu élaborer que le profil classique du moi-fugueur paroxysmal (Sch ± -). A l’égard de tout objet, qu’il soit d’amour ou sexuel, il n’a pu développer qu’une relation abrupte et dépourvue de compassion (h-s+). Depuis les origines, il a été abandonné à la solitude. Au bout du compte, en tant qu’être social, il est devenu archi-indépendant (h-e-k+m-). Son ultime lien avec le monde était de nature paranoïde, bourré d’idées de persécution (p-). A l’âge de 21 ans, il finit par trouver le monde qui lui convenait, celui de la légion étrangère française. Pendant cinq années, il participa à la guerre d’Indochine. Il y fut chargé d’une mission spéciale. Il était membre d’un « commando de nettoyage ». Il s’agissait de « nettoyer » les villages Vietminh, autrement dit de tuer tout le monde, femmes et enfants compris.

Il y a pris plaisir. Il était devenu un vrai tueur pervers sadique (h-s+e-hy+k+p-m-).

Après que la guerre eut pris fin, il revint en France où il recommença sa vie d’errance (C+-). Il n’avait pas de domicile fixe, vivait de petits boulots et de larcins divers.

A l’âge de 42 ans, il fit la connaissance d’une femme, Anna K, qui le séduisit de la manière la plus directe. Sa profession était celle de dirigeante d’une « équipe de nettoyage ». Mais elle ne travaillait pratiquement plus, préférant se faire porter malade. Ce n’était pas une prostituée mais son comportement était analogue. Son appétit sexuel était insatiable. Elle avait une multitude d’amants mais Jacky était son roi et elle voulait qu’il habite chez elle. Voilà donc que pour la première fois de sa vie , Jacky habite dans une vraie maison. Mais c’était une espèce de bordel. Naturellement Jacky était parfois jaloux. Toutefois, la tâche la plus ardue à ses yeux était de satisfaire les exigences sexuelles incessantes de sa maîtresse. C’était tellement pénible qu’il chercha souvent à s’évader mais Anna parvenait toujours à le retenir auprès d’elle. Fatalement, leur liaison devint de plus en plus passionnelle et violente. Un jour, au beau milieu de l’acte sexuel, Anna s’écria : « Je hais tous les hommes. Je ne veux plus vivre. Tue moi ! »

Jacky hésita. Elle cria plus fort :  « Si tu as des couilles, je t’en prie, tue moi ! »

Alors Jacky a pris son ceinturon militaire et il a lentement étranglé Anna.

J’ai rencontré Jacky un mois plus tard avec mandat de faire son expertise psychiatrique. Il ne se sentait nullement coupable. Pour lui, Anna n’était qu’une hystérique insupportable. Après tout, il lui avait seulement donné ce qu’elle lui demandait. Il voulait bien reconnaître qu’il n’avait pas une nature angélique mais c’était bien normal du fait que de toute sa vie, il n’avait jamais eu de chance.

C’est la société qui était coupable, un point c’est tout !

Les tests de Szondi et de Rorschach sont analysés ensemble.

 

Summary

 

Jean Mélon. « Killer on command ».

 

It is the story of Jacky, a 48 years old man who never knew his parents. On the first day he was lonely in the world and he will always remain so. He could not feel what means “To be with…” (m-).During twenty one years he lived in many different houses for abandonned children. He was always ready for a flight. He was probably always looking for a replacement holding object (d+). He refused to submit to any social rule (e-).Through a logical way he became finally an absonding paroxysmal Ego (Sch±-). With all sexual or love objects he could only build a hard and pitiless link (h-s+).

He was alone when he was born and he became later a lonely , independent, wild and asocial wanderer ( h-e-k+m-). His last bond with the external world remained his paranoïd position (p-) with the tendency to invest agressively (s+) every object. Of course both p-s+ with d+ have the sense of “to look for a persecuting object”.

When he was 21 years old he found his natural milieu in the “French foreign Legion”. During five years he was soldier in french Indochine and participated to the war as a member of  the socalled “Cleaningcommandos”. That means that he had to kill all enemy people, including women and children from Vietminh villages. He had great pleasure to carry such a task. He had become a real  enjoying killer (s+e-hy+k+p-m-). After the war he came back to France and he started again to wander, living with little jobs or thefts.

When he was 45 years old he met a woman, Anna K, who was not a prostitute but lived in the same way. She seduced Jacky in a direct wild manner and they became immediately passionate lovers. She was group Chief in a “Cleaningfirm”(sic) but she pretended to be ill most of the time. Her illness was only the nymphomanie. She had a lot of lovers and made love several times on one day. Of course Jacky was a little jealous but he was proud to be the king. For the first time he had a home. However Anna had an endless sexual appetite and Jacky thought that it was very difficult to satisfy a woman from an hour to the following one. Sometimes he tried to escape but Anna always suceeded in holding him back from fleeing out.

One day while they once again made hot love, Anna claimed : “I hate men. I don’t want to live any more. Kill me!” Jacky was incredulous. Anna shouted again: “ If you are a real man, please kill me!” Jacky took his military belt and slowly strangled Anna.

I met him in jail one month later. He was not guilty. In his meaning Anna was only a terrific hysterical woman. After all he had only done what she wanted. He aknowledged that he was not an angel but it was not his fault because he had never been lucky. In any case the society was responsible.

The Rorschach and Szondi tests are together analysed.

 

Zürich, 1-4-2002.