Séminaire de Marc Ledoux - Perpignan - Septembre 2020

Ecouter tout en lisant :

L’anthropopsychiatrie racontée à Noémie

ou 

Tenir puis retenir pour s’obtenir 

1.- Quelques éléments du parcours de Jacques Schotte 

Marc Ledoux Qu’est-ce qui fait que l’anthropopsychiatrie peut avoir un statut qui vaut plus que le DSM ? La clinique. Clinen. Que l’on ne l’oublie pas ! Clinen, ça veut dire être au plus près, s’agenouiller auprès du lit. À l’époque, c’était ça. Pour observer, pour faire une étude sémiologique. Maintenant c’est quoi ? Ce sont des experts. Comme partout. Il y a des experts partout. Quand on parle de virus, on parle des experts. Il n’y a plus de clinique là-dedans. 

Franck Drogoul : Tu sais, l’association, de Marine Boyer, ils appellent ça les centres experts ! Et ils ont du fric ! 

Marc : Oui, voilà !… 

C’est quoi, l’anthropopsychiatrie ? Anthropos : l’homme. Psychiatrie : cette discipline de la médecine qui s’occupe de l’ensemble de l’être humain qui tombe malade à quelque chose. 

Il y a un monsieur, Jacques Schotte qui a écrit un article disant qu’il y avait un rapport entre l’homme et la psychiatrie. On peut essayer de chercher les structures d’un être humain en rapport avec la maladie. Il y a une métaphore célèbre de Freud qui dit qu’on sait comment est structuré un cristal quand il se casse, à partir de ses lignes de fractures. Pour l’être humain, c’est la même chose. On peut essayer de s’approcher de ses structures fondamentales quand il se casse, quand il tombe malade. Donc on peut avoir accès à l’homme quand l’homme est confronté avec la psychiatrie. La psychiatrie peut construire un système (système, ça veut dire que tous les éléments qui font partie d’un ensemble sont liés l’un à l’autre), quand elle essaye de rassembler tous les éléments qui font que l’être humain tombe malade. Et celui qui a inventé le terme d’anthropopsychiatrie, c’est Jacques Schotte. 

Alors, pour Noémie, je reprends quelques éléments de Schotte. Il vivait en Belgique, à Gand, son papa était chirurgien, (quand dans la généalogie, il y a des métiers qui reviennent, cela donne une base solide) un papa qui avait aussi vécu la guerre de façon douloureuse, etc., et Schotte fait des études de médecine, et il affirme que la médecine universitaire dérive vers une médecine vétérinaire. On va couper l’être humain en 10 000 morceaux avec l’objectif de réparer : les affects ! Les sentiments ! Les émotions ! Toute la 

dimension du bonheur ! Comment aider quelqu’un à retrouver la joie de vivre ! Donc on va trouver à chaque fois des trucs pour mesurer où il en est et dans telle fonction. (D’ailleurs maintenant, dans les congrès, le thème c’est réparation et autonomie… c’est hallucinant, c’est une médecine vétérinaire). Et Schotte dit non ! Mais comment ne pas faire de la médecine vétérinaire ? Alors, il décide de faire de la philo. Pour la combiner à la psychiatrie. D’ailleurs il dit que la médecine générale est une spécialité de la psychiatrie, et pas l’inverse.Est-ce que les gens ont compris ça ? Les conséquences sont énormes. La psychiatrie, c’est l’ensemble, et tout le reste est une spécialité de la psychiatrie. 

Il part donc à Zurich qui était à cette époque le summum de la psychiatrie. Il y avait un grand hôpital, le Burghölzli où toutes les grosses têtes du monde étaient là. Il y avait Jung qui était chef de service sous la direction de Bleuler. Ils avaient l’avantage d’aimer les malades – maintenant, c’est une exception de les aimer -, ils n’en avaient pas peur, ils avaient comme approche de ne pas les objectiver, d’être avec eux, un peu comme Rorschach, faire des fêtes avec eux. Comme Bleuler qui restait auprès des malades au moment de Noël, Nouvel an, Pâques. Il y avait cette familiarité. 

Après, Jung, il a fait ce qu’il a pu. Cela a dévié vers une mythologie universelle et ensuite vers le loup du nazisme qui était là, au coin de la rue. Cela n’a jamais été très clair. C’est maintenant que cela commence à se savoir. Toutes ces grandes têtes ! Moi, cela me fait peur, de découvrir, maintenant qu’on a accès aux archives, que de plus en plus de grosses têtes de la psychiatrie avaient des liens, tous ces grands noms… Jung … Von Weizsäcker…, je n’ose presque pas le dire…. il était au courant que dans son hôpital à Heidelberg il y avait des malades neurologiques qui étaient les objets d’expérimentations… maintenant on sait qu’il le savait… ça fait peur ! Goldstein ! Tous ces grands noms, qui m’ont formé… ! 

Franck : C’est connu que le corps professionnel le plus représenté dans le nazisme, c’était les médecins. 

Marc : Oui, maintenant, on a les preuves, on a accès aux archives ! 

Geneviève : Les grands juristes aussi ! Le droit de Nuremberg. 

Marc : Bon … donc, Schotte va à Zurich suivre les séminaires de Jung et de Bleuler. Roland Kuhn est là, dans un hôpital à Maeterlinck, à 200 km de Zurich et pas très loin non plus de Binswanger. Schotte rencontre Kuhn, le spécialiste de Rorschach que presque personne n’avait étudié, Phénoménologie du masque. Kuhn a inventé les tricycliques, au départ c’était une molécule pour la grippe et il a vu que ça marchait dans les dépressions ; il était l’élève de Binswanger qui faisait des études sur la phénoménologie. Donc Kuhn était un grand spécialiste des trois dimensions : psychologie, pharmacologie et psychiatrie clinique. 

Laurence : C’est Kuhn qui a découvert les tricycliques ? 

Marc : Oui ! en 1957. Le tofranil… 

Donc, à cette époque-là, il y avait déjà une incarnation d’un système psychologique, pharmacologique et phénoménologique. Kuhn lisait tous les jours Freud, jusqu’à sa mort. C’était un grand obsessionnel très gentil, mais bon, très agressif aussi finalement, très meurtrier, un obsessionnel, il faut respecter tout leur système… 

Kuhn amène donc Schotte chez Binswanger, sur le lac de Constance, c’est très beau, -j’aurais bien aimé être malade là-bas, c’est autre chose que les marécages labordiens – et il y retrouve quelqu’un (qui est mon maître, qui est mort à 102 ans), Maldiney. Maldiney avait été dans un camp de travail, pas très loin de Verdun, il ne pouvait pas reprendre son travail à Lyon et il était venu à Gand où il y avait le début de l’école des Hautes Études qui ensuite est partie à Paris. Maldiney était un philosophe, il enseignait Malebranche et de Biran. C’est là que Schotte l’avait rencontré pour la première fois et il se disait « je ne comprends rien mais je veux tout comprendre ». 

Progressivement Schotte devient l’ami de Maldiney ; avec Szondi, non, c’était des collègues mais pas des amis. Szondi n’aimait pas Schotte. Mais ils travaillaient ensemble. 

Schotte à Gand avait lu Maldiney. Et quelques années après, ils se retrouvent à Zurich. Maldiney était un ami de Kuhn, et donc, Schotte, Maldiney, Kuhn vont chez Binswanger à Kreuzlingen et ils y rencontrent des malades comme Suzanne Urban, des cas cliniques qui ont été traduits. Et c’est à Kreuzlingen que Schotte rencontre Rorschach, car Kuhn connaissait Rorschach, il l’avait soigné,… il l’avait vécu dans sa fragilité, dans les tripes. 

Schotte avait beaucoup écrit sur la phénoménologie, la psychiatrie et un jour, un jésuite belge, monsieur Chapelle, présente Szondi à Schotte. Et Schotte répète exactement la même phrase qu’il avait eu avec Maldiney : « je ne comprends rien, je veux tout comprendre ». 

Schotte a eu l’intuition (c’est un concept basal de la phénoménologie) qu’il y avait quelque chose à prendre dans le tableau szondien, synthèse de la phénoménologie, psychanalyse et pharmacologie. Schotte a dit des années après qu’il avait eu une révélation. qu’il y avait là un rond-point. 

Szondi n’était pas philosophe, et il ne lisait pas trop sauf Shakespeare, mais il ne pouvait pas l’utiliser pour expérimenter sa théorie du destin (pas de généalogie) ce qu’il a pu faire avec Dostoïevski, Goethe, et Balzac, cet énorme auteur. 

Colin : Szondi n’était pas passé par la lecture de Hölderlin ou Maldiney ? 

Marc : Non, pas du tout. Il disait toujours : « moi, je travaille, et à Louvain, ils réfléchissent ». C’était quand même un personnage faible, pas à la hauteur de la fonction paternelle, simplement d’être papa, d’être présent… il ne savait même pas, ce salopard de Szondi que son fils était un spécialiste du destin ! Il faut le faire quand même. Et quand son fils parlait de Hölderlin, ce spécialiste du destin, lui qui pendant toute sa vie a appelé sa théorie « l’analyse du destin », il ne savait pas que son fils, Peter, était un spécialiste de littérature allemande sur le destin. Son fils ne lui a jamais pardonné ça, et il a raison. C’était quand même une relation bizarre. 

À nous de réfléchir quand même ; tous ces grands cocos, quand on regarde leur vie familiale, ils ont bien besoin d’une femme, car ils sont des petits bébés, ils ne peuvent pas 

se débrouiller tout seuls, ils ont besoin d’un héritage ou je ne sais pas quoi, d’une transmission éternelle, mais… dans la vie quotidienne… non, non ! Binswanger, sa famille était une catastrophe, avec des suicides, des morts… on a pu lire que son enfant était mort dans un accident de voiture mais bien des années plus tard, ils ont reconnu que c’était un suicide masqué. C’est terrible ! Alors on dit que c’est pour faire son deuil qu’il a écrit « Rêve et existence »… mais quand je le lis, je pense au contexte… Anna Freud, c’était une punaise. Elle avait beaucoup de mal à jouer avec un enfant, elle observait, etc… demande à Joyce Mac Dougall comment était Anna Freud. Freud prenait trois semaines de vacances pour être avec ses enfants, mais, bon, le reste du temps… 

Après son séjour à Zürich, Schotte est venu à Paris et il est devenu membre de l’École freudienne, et Lacan qui était un manipulateur demandait à Schotte de traduire des terminologies. Donc, il nous emmerdait pour trouver le mot exact en français de termes allemands, par exemple quand il demandait que ses élèves fassent une thèse sur le terme « forclusion » alors que l’on peut traduire par « rejet ». Schotte avait au départ utilisé le terme de « psychiatrie pulsionnelle » et il l’a utilisé pendant longtemps. Nous, on lui disait « mais pourquoi ce terme ? L’être humain est un être pulsionnel, attention, maintenant on va mesurer la pulsionnalité, le nombre de watts, on risque de tomber dans l’éthologie, est ce qu’on ne peut pas trouver un autre terme ?» C’est à ce moment-là qu’il a trouvé le terme d’anthropopsychiatrie. 

Il y a une différence fondamentale entre l’approche freudienne et l’approche anthropopsychiatrique. Les approches freudienne et lacanienne mettent l’accent sur les rêves pour explorer le concept de l’inconscient. Traumdeutung. C’est un livre superbe sur cette manière d’avoir accès à l’ex-istence, ex ça veut dire qu’il y a quelque chose qui existe en nous que l’on ne maîtrise pas. C’est quoi ce diable ? Il y a beaucoup de délires chez les gens qui disent « je suis pris par le diable », ce n’est pas le diable, c’est quelque chose en moi que je ne maîtrise pas. Avant on parlait du démon, maintenant c’est le diable, chez les djihadistes… ça fonctionne culturellement, ce sont des mots ! Ce fonctionnement de l’inconscient s’objective dans la langue romane qui est une langue qui représente, c’est une langue dont le sujet est prédicat. C’est complètement différent en chinois, en japonais et c’est très différent dans certaines langues indo-européennes et en particulier dans les langues germaniques. 

Quand on a une structure de la langue dans laquelle ce fonctionnement de l’inconscient se manifeste – c’est le grand mérite de Lacan, il a donné un statut scientifique à ce concept à travers Lalangue -, quand la langue fonctionne comme sujet-prédicat, ce qu’on dit de quelqu’un est objectif. C’est fixé comme caractéristique. On arrive dans quelque chose qui représente ce dont on parle. Ça, c’est l’approche freudienne. Les langues romanes parlent, les langues germaniques font. Chez Freud, c’est fixé, représentatif, prédicat. Alors que l’anthropopsychiatrie a choisi une autre façon qui est inscrite dans la structure de la langue : le mouvement, donc le verbe. La psychanalyse classique c’est le substantif, la psychanalyse phénoménologique et l’anthropopsychiatrie, c’est le verbe. 

Quand Kuhn fait des psychothérapies, il va suivre dans les rêves le style et pas les mots. C’est à dire le rythme du rêve. Il prend les mots qui sont en mouvement, qui sont en couleur. Comme un rorschach. Il y a un exemple dans le livre de Binswanger Rêve et 

existence. C’est là que Binswanger a trouvé son concept de deutung richtung qui veut dire sens de la direction. La dynamique de quelqu’un va s’inscrire dans un ensemble de direction de mouvement, et pas dans un ensemble de substantifs. Dans des oppositions de contraste : haut/bas, étroit/large, loin/proche… quand quelqu’un rêve, Kuhn va être à l’affût des mots qui se construisent dans cette opposition. C’est très important. 

Qu’est ce qui est fondamental dans le Rorschach ? C’est le mouvement, les kinesthésies. Tout le travail est d’essayer de trouver dans les structures fondamentales de l’être humain des verbes. Comment on peut le délimiter sans le fermer, c’est toute la logique de la délimitation. S’il y a la mort de la psychiatrie, c’est en partie lié à ça. On en a marre des substantifs et des prédicats, c’est aliénant. 

Deux philosophes ont travaillé sur ça : Gustave guillaume et Deese, un génie méconnu. Deese essayait de combiner la philosophie phénoménologique de Heidegger (une philosophie en mouvement – ex-ister -) avec cette approche substantive, fixée de Freud. Il fait des ponts en trouvant un espace personnel qui fait le lien entre les deux, et c’est ça qu’il appelle la triade. Il y a un tiers qui va donner forme aux deux. C’est très psychanalytique comme mouvement. Dolto n’a fait que ça. Le tiers, c’est quelque chose qui donne forme aux 1 et 2. Et le tiers est dans la langue. Dans les verbes. 

2-Les verbes dans les trois mouvements de la vie

Marcher

Jeter

Sauter

Base

Fondement

Origine

Foyer

Sujet-objet

L’individu

 

Marcher

Je marche. Deese fait une analyse phénoménologique du fait de marcher. Il y a cet auteur, Lebrun, qui analyse la marche dans l’athlétisme, qui est une discipline très compliquée car tu dois toujours avoir un pied en contact avec le sol. C’est presque de l’ordre phénoménologique, si vous connaissez Husserl, de la constitution interne. La constitution n’est pas un terme médical, mais il a été récupéré par la médecine, la constitution génétique, la constitution psychique, caractérologique.

 

Deese dit que le mot constitution est le fait de la marche. Je constitue la base en opposition avec la stase ; en contraste. La stase, ça veut dire que ça s’arrête. Ça s’objective. C’est à dire qu’il y a un rapport entre moi et l’autre que je mets en face de moi, (alors que le travail clinique, c’est d’être auprès de, dans les entours, et pas en face, il ne faut pas observer, il ne faut pas décrire, mais être présent au bord du lit). Être en face, c’est la stase. Alors que la base, comme marcher, c’est trouver un appui qui nous donne appui. Comme la marche d’un escalier. C’est un appui qui fait que je marche, c’est une dialectique entre l’appui et s’appuyer.

 

Deese pose la question de là où cette dialectique se casse, là où ça s’effondre. Fonder, se fonder, ça veut dire trouver un appui mais aussi se fondre, s’effondrer. Deese repère que dans Théorie de l’intuition de Husserl, il y a la réflexion sur le cristal de Freud (alors que Husserl n’avait pas lu Freud !) Comment Deese, ce génie, a-t-il trouvé ça ? Deese dit alors que marcher constitue la base. Et cela permet à Schotte (qui aimait beaucoup Deese) de remplacer le mot constitution par destin. On n’a plus une approche organo-dynamique à la Henri Ey que tous les Français du monde portent en eux et où tout doit être intégré. Cela ne doit pas être facile pour les Français avec toutes ces pensées dispersées.

 

La base devient la dimension primordiale, archaïque de la vie. Est-ce qu’il y a dans la vie quelque chose qui me donne un appui, sur quoi je peux marcher, sans tomber ou s’enfoncer ? Est-ce qu’il y a une psychopathologie fidèle à l’image du cristal qui nous fait découvrir le statut de la base dans la vie ? Là où ça ne tient pas, où l’appui ne tient pas, où il y a un travail d’appui à faire, pour construire des marches, parce que c’est facile de dire à quelqu’un d’aller dans un centre de cure, mais si il n’y a pas d’appui, par définition le sujet va s’effondrer. Toute cette psychopathologie a à voir avec la racine du mot et son étiologie : manie. Manie c’est un miracle de la langue, c’est intraduisible. Et comme c’est intraduisible, on essaye de le remplacer par des conneries : dépendant, addict… et c’est foutu ! Toute la richesse, la fragilité, la précarité de cette première dimension de la vie est écrasée, tout ce travail de base n’est pas reconnu.

Jeter

 

C’est typiquement le mouvement de clivage entre celui qui jette et ce qui est jeté. C’est typiquement le clivage sujet-objet. C’est typiquement la dynamique de tout ce qui a été substantifié dans des concepts de défense, comme la projection par exemple. C’est un concept substantivé et on va essayer de mettre ensuite un peu de mouvement. Anzieu – c’était un spécialiste de la projection et du Rorschach – a essayé de mettre de la kinesthésie dans la projection. Sami-Ali, son livre sur la projection vaut le coup. Mais ils sont toujours en retard car ils ne veulent pas accepter que la langue est dynamique et en mouvement. Freud, lui, refusait de situer le clivage à cet endroit.

 

C’était une dispute entre Mélanie Klein et Szondi. Où est-ce qu’on situe le clivage ? C’est après une discussion avec Szondi que Mélanie Klein a dit que l’archaïsme de l’être humain, c’est le clivage. Et après elle a développé son délire, comme du légo, comment on va mettre toutes ces petites pièces de clivage ensemble, un puzzle pas possible ; pour chercher comment le puzzle est fait, tu ne peux pas vraiment jouer avec, finalement, elle va faire comme les autres, elle va observer l’enfant qui joue. Tu t’imagines un peu ? Tu vois un enfant en thérapie et tu l’observes quand il joue au lieu d’essayer de jouer avec lui. C’est quoi ça ? Szondi dit qu’elle a installé la perversion dans le jeu d’enfant. Il dit : « la perversion doit être une structure humaine. » Le clivage, c’est l’effet du mouvement de jeter.

 

Schotte aimait bien le sport, il était accro, il ne pouvait pas se détacher d’un match de foot et il s’est beaucoup inspiré du sport. Dans l’athlétisme, il y a beaucoup de disciplines avec le jet : javelot, marteau, poids, disque…, c’est là où il a trouvé une phénoménologie du mouvement de jeter. L’objet compte. C’est là où l’objet est important. Ce n’est pas pareil de faire du javelot, du poids, ou du marteau…

 

Colin : Sur la notion de jeter, je suppose qu’il y avait aussi toute l’influence de Maldiney.

 

Marc : Après, après !

 

Colin : Donc, c’est arrivé plus tard ?

 

Marc : Oui.

 

Donc s’installe là le rapport sujet/objet. On arrive dans la langue à nouveau dans le sujet et le prédicat représentatif. Par exemple, ils ont mis des années pour trouver des critères qui correspondent à la discipline de la marche et pour exclure les personnes dont la plante des deux pieds quitte le sol en même temps. C’est une discipline extrêmement difficile, tu ne peux pas « voler ». C’est la définition de Binswanger de la manie. Un maniaque ne peut pas marcher. Il vole. Il quitte le sol. Comme le dit Prévert, c’est les pieds qui pensent. C’est vrai. Donc c’est Deese qui dit tout ça, le rapport avec la constitution, jeter, le mouvement qui va installer quelque chose de psychique qui n’est pas substantifié.

 

Jeter, c’est tout ce qui a à voir avec la deuxième et la troisième dimension de l’anthropopsychiatrie, avec le fondement. Les fondations, ce n’est pas la base, et c’est ce qui va permettre de tenir la construction de quelque chose. Qui va donner accès à comment est faite la base. L’image classique, c’est l’enfant qui va déterminer quelle est la structure, l’humus, la qualité de cet homme et de cette femme qui sont devenus parents. Est ce qu’ils auront la possibilité d’être tiers ? Dis-moi comment tu fonctionnes comme papa et je te dirai quel homme tu es. Schotte a utilisé l’image de l’enfant, de la cathédrale.

 

Sauter

 

Le saut en hauteur ! Superbe ! Et en largeur ! Et le triple saut ! Tout ce qui est dynamique. C’est très beau ! Deese nous propose de reprendre Kierkegaard. Dans le saut à la perche, comment le sauteur s’érige, se détache, à six mètres ; Deese dit que ce moment de suspension dans le saut, c’est la foi. On n’est plus lié à rien. C’est la phénoménologie de sauter. Je me détache et je me risque. C’est une possibilité humaine dit Kierkegaard de se laisser aller à quelque chose dont on ne sait rien. Et une fois qu’on est dans ce mouvement-là, on doit retourner sur terre. On ne peut pas rester suspendu sinon… si on cherche un appui dans la suspension, c’est la mort. Se pendre.

 

Deese faisait des séminaires, il préparait ses cours sur des petites fiches qu’il ne donnait à personne. Il n’a jamais fait un polycopié. Jamais. Schotte s’est toujours glorifié de l’avoir enregistré sinon on n’aurait aucune trace. Jusqu’à présent la femme de Schotte s’est toujours opposée à toute publication, mais maintenant qu’elle est morte, plus personne ne s’y intéresse et on va voir si quelqu’un va s’en occuper. Dans les enregistrements, on entend Schotte qui demande (Schotte était très respectueux vis à vis de Deese qu’il le comparait à Hegel) : « mais, je ne comprends pas bien, tout ce mouvement de suspension dans le sauter, est ce qu’un d+ dans le contact risque de faire un raptus mélancolique, c’est à dire, je quitte la terre, je quitte la familiarité, je quitte cette illusion de retourner chez soi (d-). d+, c’est hypomaniaque, le plaisir, la légèreté de ne plus porter la lourdeur de la vie quotidienne ; mais quand d+ s’accentue, je me suspends, mais je n’ai plus de repères dans cette suspension, sauf peut-être dans un rêve : je m’accroche à un avion, je m’accroche à un nuage comme dans les contes d’enfants, comme dans le Petit Prince… » Mais quand tu es dans une inhibition comme nous tous et que tu es un normopathe, on n’est pas tous des enfants, y a-t-il un risque ? Et Deese dit oui, il y a un risque… Donc, attention au retour dans le mouvement de sauter, se suspendre, se pendre.

 

Le vrai sauter, c’est un moment original. Très différent du jeter qui est un mouvement de clivage. Dans le marcher, je ne quitte pas le sol. Dans le sauter, je fais partie de l’inconnu de la vie.

 

Geneviève : Et courir ? C’est à la fois un moment de suspension et de base.

 

Marc : Oui, il ne l’a pas mis dans la triade. Mais ce n’est pas tout le corps qui se suspend. Ce sont les pieds. Il va retrouver le mot courir dans la langue : discourir : blablabla. Papoter. C’est courir avec les mots. On ne dit rien et on ne parle pas.

 

Schotte, en accord avec Deese, lie le sauter à l’origine. Origine, c’est la même chose qu’originaire. Quelque chose de singulier qui définit la différence absolue entre chacun de nous. Comment est-ce possible que ces milliards de gens aient chacun quelque chose de singulier ? Eh bien, c’est par le saut, la question de l’originalité. Marcher : c’est toute la vie en étant petit. Jeter : toute la vie pour montrer à l’autre qu’on a quelque chose de particulier : avoir ! Ce que j’ai que toi tu n’as pas et que tu aimerais avoir. C’est l’homme de tous les jours, dit Szondi. On ne sait jamais combien ça coûte d’être riche. Quand on n’a pas la richesse de l’âme, on a la richesse des biens accumulés. L’homme de tous les jours figé dans l’avoir. Sauter, c’est se détacher de ce sur l’on a. Celui qui a le mieux défini l’être, c’est Heidegger : ex-ister, avoir sa tenue hors de soi. Tu seras vraiment mis à l’épreuve dans ta vie personnelle, quand tu seras confronté à quelque chose que tu n’as pas programmé, qui te surprend. Quand on tombe amoureux… ou l’inverse : une coupure amoureuse ! Il y a des moments dans la vie où on est suspendu à quelque chose qu’on ne connaît pas.

 

Dans Psychose et présence, Maldiney écrit qu’il ne comprend pas que Foucault, qui était très fort en phénoménologie, très fort en Rorschach, qui a traduit Binswanger, Von Weizsäcker, qui était une bête de travail… ait été dans l’antipsychiatrie ! Maldiney dit que s’il y avait eu l’anthropopsychiatrie, il n’y aurait pas eu l’antipsychiatrie. La possibilité d’être dans le saut. Le psychotique dans sa souffrance, pas dans sa structure, marque à travers sa douleur le problème énorme de l’origine, de l’originaire. La théorie de l’identification chez Freud : s’identifier à…y at-il un moment où il y a quelque chose d’originaire, de suspendu ? C’est la problématique de l’identification par rapport à l’origine, c’est la thèse de Jean Florence qui est une thèse merveilleuse.

 

3 – Les verbes qui vont définir, délimiter chaque zone de la vie : les vecteurs C, contact et S, sexuel.

 

 

Quels sont les verbes qui vont définir, délimiter chaque zone de la vie en la différenciant du reste ? On va définir les différentes zones de la vie en fonction de la psychopathologie. On peut faire une sorte de lecture phénoménologique, c’est à dire un retour aux phénomènes, retour aux choses-mêmes, au plus proche possible. Par exemple, rendre compte d’une consultation clinique est extrêmement difficile. C’est un exercice absolu de phénoménologie de pouvoir s’approcher aux choses-mêmes, à ce qui émerge là. Sinon, on arrive dans la description, dans l’objectif, dans le jeté. Ce n’est pas la peine. Si tu veux faire une formation de psychiatrie, il ne faut pas aller dans la description. Cela ne va pas. Il faut essayer d’aller vers marcher et sauter. Pas le jeter.

 

Contact Sexuel Paroxysmal Sch (Moi)
Aller-venir Avancer-reculer Entrer-sortir Ouvrir-fermer

 

Au début le couple de verbes (c’est à dire les verbes dans l’opposition, dans le contraste, parce qu’on part dans l’anthropopsychiatrie), qu’est ce qui définit la vie : bouger (Von Weizsäcker). Comment ça bouge ? En opposition, en contraste. C’est là où on peut saisir quelque chose. Entre les extrêmes : maladie/santé, matin/soir, jeune/vieux… cette opposition entre les contrastes va définir ce qui bouge.

 

Est ce qu’on est capable d’assumer les contrastes ? Est-ce que les contrastes sont en contradiction logique ? Jusqu’au début du XXe siècle, la logique était contradictoire. Le principe du tiers exclu, etc… on est tous aristotéliciens. Quand Von Weizsäcker arrive il dit que non, la logique, c’est de l’antilogique, les contradictions sont pleines de sens. Un symptôme est plein de sens ! Ce mouvement qui est défini dans ce champ logique des contrastes n’est plus défini sur un mode prédicatif comme chez Aristote mais plutôt comme une antilogique (qui est la logique de Von Weizsäcker quand il parle du corps).

 

Quels sont les verbes qui délimitent chaque zone de la vie dans ce mouvement qui assume les contrastes ?

 

Contact

 

Sexuel Paroxysmal

La confrontation à la loi

Sch (Moi)

Qui suis-je ?

Aller-venir Avancer-reculer  

Entrer-sortir

 

Ouvrir-fermer

La base : l’appui, aller–venir. Qu’est-ce qui est le plus singulier dans aller-venir, c’est quelqu’un qui marche. C’est tout. Si je ne marche pas, je meurs. Si on ne me permet pas de marcher, je meurs. Je ne marche pas de quelque part vers quelque part. Il n’y a pas d’intentionnalité dans cette marche. Il n’y a pas de but, pas de finalité. L’activité pulsionnelle, l’action de marcher n’a pas d’intentionnalité mais une dynamique. Ce n’est pas simplement marcher mais faire des allées et venues. Là, c’est la psychiatrie. Quand on inscrit quelqu’un dans ce mouvement cosmique, faire des allées-venues, sans direction et sans point d’arrêt, il est le lieu où ça a lieu. Il n’est pas concerné mais c’est en lui que les choses se passent. Ces allées-venues, on a appelé cela le foyer des sensations.

 

Catherine : C’est le traverser ?

 

Marc : Non, il n’y a pas de traversée. Quand on traverse, on passe d’un lieu à l’autre

 

Catherine : Non, il est traversé !

 

Marc : Non ! Je fais une parenthèse : quand on est traversé, cela touche, comme dit Maldiney, à la chose la plus effroyable au monde : être fait. Quelqu’un qui est traversé, c’est parce qu’il est fait, il ne fait pas. On est dans la dimension de la psychose. Je suis dans la main des autres, et je ne sais pas ce que les autres vont me faire. C’est la dimension psychotique de nous tous. Je remercie toujours les malades car cela demande un énorme effort de s’adresser à quelqu’un dont on ne sait pas ce qu’il va nous faire. Quel effort ! Quand on est dans la main de quelqu’un et qu’on ne peut pas se situer vis à vis de celui-ci, on risque d’être fait par lui.

 

L’aller-venir se voit dans la psychopathie, dans la toxicomanie. La psychopathie, c’est être éprouvé de vivre. La psychopathie, fondamentalement, cela n’a rien à voir avec son rapport à l’autre, dans son rapport à la société. C’est être éprouvé à vivre. La première chose avec quoi on vit, c’est de se sentir vivant. Quand un déprimé mélancolique peut dire : « mais, ça fait vingt ans que je suis mort. » si on pouvait un peu lui donner le sentiment de vivre, de se sentir vivre, des sensations de vivre, de devenir un peu toxico… un mélancolique qui va trouver un peu des produits pour se sentir vivre… superbe ! Freud a raison quand il dit que le premier des toxicos, c’est le mélancolique. La vraie anthropopsychiatrie c’est de réfléchir à tous ces rapports et pas de répéter que Freud a dit ça ou ça. Si tu fais de la psychiatrie, il faut réfléchir. Si tu ne lis pas, ce n’est pas la peine de faire de la psychiatrie. Mais il faut aussi le mettre dans la dialectique… lire ne suffit pas.

 

Je me sens un peu un élu de Dieu pour pouvoir m’occuper des gens qui me font confiance, qui me laissent entrer dans leur chambre. Je pourrais les voler, mal leur parler, faire des conneries pas possible. De quel droit tu donnes un médicament ? Tu as déjà pris du clozapine ? Du leponex ?

 

Franck : Tu as pris du leponex par erreur ?

 

Marc : Oui, oui, je me suis trompé. Je voulais prendre du lexomil pour dormir et je me suis trompé. Et j’ai pris du Léponex. Et je me suis dit : mais comment c’est possible que les gens supportent ça ? Essaye, tu vas voir !

 

Celui qui souffre de s’éprouver à la vie, cherche dans le mouvement des allées-venues de se sentir vivre. Toutes les sensations d’objets toxiques (on est dans le jeté), c’est pour avoir un lieu où on se sent vivre. Un toit. Une ambiance portante. Une ambiance qui crée des entours. Des autours qui font des entours. Ou l’inverse. L’entourage. C’est le mot clé de toute thérapeutique basale. Est-ce que nous ici on s’occupe de l’entourage ? Chez les psys, souvent, on oublie de créer l’entourage. Un toxicomane grave va chercher n’importe quel produit. La différence entre les objets est leur composition, mais comme activité psychique, c’est la même chose ; alors, est-ce qu’on peut remplacer les objets par quelque chose d’autre à l’intérieur de soi-même qui fasse fonction de donner le sentir de la vie. Et pas le sentiment ! Il faut bien faire la différence entre le ressenti de la vie et le sentiment. Le sentiment est une invention de la psychologie, donc cela ne vaut rien. Les émotions, Lacan en fait l’étymologie et ce n’est pas une faculté psychologique. Non ! Et pourtant on nous a appris ça à l’école. Alors c’est terrible, ça fait des dégâts pas possible.

 

Donc pour les toxicos, il faut leur donner des bases de pouvoir se sentir vivre dans leurs allées et venues : un toit, à manger, un entour, des autours, les prendre par la main pour faire des allées et venues, être avec eux quand il y a une traversée à faire. … on est des bricoleurs de l’impossible. Dans la psychothérapie institutionnelle, faire en sorte que les toxicos qui souffrent de la maniacalité de la vie soient présents avec les autres patients : qu’il y ait une hétérogénéité dans l’accueil des patients[1]. Essayer d’être là pour faire des entours : on est des bricoleurs de l’incurable. Quand on refait la trajectoire de ces gens, c’est souvent l’horreur, et qu’on ne veut pas reconnaître. Le viol, les bas-fonds de la vie, la violence, la survie, les bandes où l’autre n’existe que quand on a besoin de lui et puis après c’est fini, avec une impossibilité du lien. Quand on essaye de faire un lien avec un toxico, ça casse.

 

Est-ce qu’on peut transformer l’aller et venir en tenir ?

Contact Sexuel Paroxysmal Sch (Moi)
Aller-venir Avancer-reculer  

Entrer-sortir

 

Ouvrir-fermer


    Tenir- Containing

 

 

 

 

 

Est-ce qu’il y a quelque chose dans ces allées-venues qui tient ? « J’ai décidé de ne plus boire ». Mais est-ce que ça tient ? Ça prend et ça tient.

 

Ce sont des nouveaux verbes qu’on avait trouvé avec Schotte. C’est un mot riche en français, c’est presque un mot racine, tenir. Et donc on va travailler sur les verbes dans leur dimension de mouvement : c’est à dire avec leur préfixe et leur suffixe. En plus, si on fait des traductions, ce que faisait très bien Schotte qui parlait parfaitement le néerlandais, le français et l’allemand, on peut découvrir la richesse qu’on ne peut pas saisir dans la traduction.

Halten ! stop. Halten veut dire tenir en allemand. Stop et tiens et n’avance pas… le mot aussi en français est très riche : contenir ; toutes les réflexions de Winnicott sont là : containing : est-ce que c’est possible d’organiser une institution qui contient ?

À un moment donné, quand les gens travaillaient encore en psychiatrie et qu’ils n’étaient pas derrière leur bureau pour remplir des protocoles et ne rien faire, on avait des anges gardiens. Cela n’existe plus. Je n’ose plus dire aux toxicomanes de venir à La Borde. Plus personne ne travaille. L’ange gardien, c’est un entour (une personne du collectif) qui est là 24h/24. On est là auprès de son lit. D’ailleurs maintenant, on ne fait presque plus de perfusions dans les chambres ; ils ont raison de supprimer les électrochocs, car on n’est plus vigilants. Les électrochocs, ce n’est pas le fait de le passer, c’est qu’il y ait quelqu’un au moment du réveil. On ne sait pas combien de temps il faut. La psychanalyse est superbe dans sa théorie, mais dans sa pratique, c’est souvent une ordure. C’est le paradoxe de la psychiatrie. C’est superbe, mais dans la pratique, c’est affreux. Le livre noir de la psychiatrie a raison. Il faut le reconnaître. C’est horrible ! Nous, on isole, mais ailleurs…on est des salauds.

Un toxico est touché dans la première zone de la vie de l’aller-venir ; il n’existe pas comme quelqu’un qui peut prendre une décision. Il faut être motivé pour aller dans une cure. Est-ce que tu as une demande ? Je m’adresse à qui ? À quelqu’un qui a une sensation de vivre ou à quelqu’un qui a une demande en son nom propre ? C’est pourtant facile à comprendre, hein Noémie ? Alors les personnes qui ne sont pas psychiatres comprennent, mais ceux qui font des études de psychiatrie se défendent et souvent rigolent et se moquent de Marc Ledoux ; on se moque de lui car il remet les choses en question. Cela m’a fait très mal quand Lydia (une grande toxicomane) est partie. On oublie ces patients aussi vite que les morts avec qui on n’a pas de lien utile. Je pèse mes mots : utile. Ce sont des gens qu’on oublie le plus vite possible sauf pour faire un séminaire ou pour écrire un livre comme psychanalyse de la toxicomanie… c’est obscène ! C’est terrible comment on oublie très vite les morts. Danielle, Sylvie… On a enterré des gens où personne n’est venu. Mais ce n’est pas un oubli psychotique ! Chez un psychotique, on ne sait pas où se trouve le deuil d’un mort.

 

Contact Sexuel
Aller-venir Avancer-reculer

Tenir

 

Le passage du contact au sexuel, de l’aller-venir au sexuel, c’est quand dans le travail institutionnel, ça tient. Lydia, qui est une grande toxicomane, a tenu pendant le confinement. Et au moment du déconfinement, les gens sont revenus, on a lâché, elle n’a plus tenu. Elle a disparu et peut-être qu’elle est morte. Dans le vecteur sexuel on est dans cette logique de jeter. C’est là où il y a le clivage entre sujet et objet. C’est moi qui a l’activité de propulser hors de moi un objet. Je jette.

Quelle est la dynamique de la relation ? (là on est dans la relation, on n’est plus dans le contact). Une relation j’espère que ça tient. Ce n’est pas l’amour qui fait tenir. La relation en français peut vouloir dire que ça tient et que c’est quelque chose de bien. En allemand, relation se dit bezieung, qui veut dire qu’il y a un rapport entre deux personnes mais qui est indéfini. Quelqu’un qui a écrit très bien là-dessus, c’est Hannah Arendt. Il y a des cocos chez Gallimard qui ont édité la correspondance de Hannah Arendt et Heidegger. Alors ensuite, elle a dû répondre sur la notion de relation, et bezieung, un rapport entre les gens. En français, quand on dit relation cela veut dire bezieung, un rapport entre un objet et celui qui jette devant lui. Quelqu’un ou quelque chose. Mais un rapport cela ne se définit pas. Et ce rapport entre l’un et l’autre est marqué par avancer et reculer. Et ça, c’est la richesse de la langue française. On ne l’a pas dans la langue germanique. Avancer– reculer, c’est une structure universelle depuis l’enfance, c’est jouer à cache-cache. Le jeu de cache-cache est peut-être le jeu le plus extraordinaire au monde. Roger Caillois dans son livre sur le jeu donne un commentaire magnifique sur le jeu de cache-cache. Le rapport entre l’un et l’autre est un rapport qui se construit en évitant l’en-face.

 

Si la psychiatrie pouvait prendre exemple sur le jeu du cache-cache, on serait libéré de l’en-face. Il ne faut jamais aborder quelqu’un par l’en-face, il ne faut pas aborder la maladie par l’en-face. Par exemple, un accident, une fracture de jambe, il faut l’inscrire dans sa pathogenèse. Dans la pathographie. Dans une écriture de la mise à l’épreuve de la vie. Dans le jeu de cache-cache, mesurer l’apparaître-disparaître, mesurer l’absence-présence… Freud dans le for-da, décrit de façon substantive l’absence-présence, mais pas la dynamique, pas le mouvement. Quand il y a l’apparition, ou la disparition, l’enfant est marqué par le ressenti. La séduction, plus tard, pour avoir le corps de l’autre, c’est exactement la structure du cache-cache. Qui est séduit et qui est le séducteur ? Ce sont les deux. Quand ça marche la séduction, c’est un jeu. Quand cela ne marche pas, c’est un jeu aussi. Ce n’est pas une catastrophe. La séduction est une structure universelle.

 

Freud a essayé de mettre un suffixe um- pour mettre du mouvement dans le substantif, mais il n’y arrive pas. (La séduction se dit verfuhrung en allemand). Kierkegaard a essayé dans son Journal du séducteur. Mais il n’est pas arrivé à ce jeu de cache-cache. Presque. C’est qui Don Giovanni ? Un don juan, c’est quelqu’un qui incarne la mort. Car il ne peut pas jouer. S’il joue, c’est toujours le même jeu, donc c’est la mort. Quand il séduit quelqu’un, c’est une question de vie et de mort. Il ne peut pas aimer. Il ne peut pas avoir un rapport où quelque chose lui échappe. Il ne peut pas jouer. Si bien qu’à un moment donné, il n’y a plus rien à avoir. C’est mélancolique. Kierkegaard était un clinicien absolu car il découvre le rapport entre avoir dans la séduction et la mélancolie. Le mélancolique, s’il pouvait tomber furieusement amoureux (ça arrive, mais rarement), il peut continuer à vivre. Mais malheureusement, dramatiquement, c’est seulement « avoir » quelqu’un. Ce n’est pas tomber amoureux. d+, c’est pour avoir quelqu’un. C’est une étape de la mort. Kierkegaard était le livre de chevet d’Oury. Oury était très déçu que Lacan, qui pourtant l’avait promis, n’a jamais fait d’année sur Kierkegaard. Et il a fait trois séminaires sur le nom du père… c’est dommage. Le livre qui réalise cette dialectique entre le cache-cache et la mélancolie, c’est traduit parfois comme La maladie à la mort, parfois comme La maladie de la mort. Ils n’ont jamais tranché. On est inscrit dans cette présence/absence.

 

Toute cette question de la sexualité est dans ce contraste vivre/séduction et la mort. Lacan a pris ça comme « la petite mort » dans les relations sexuelles, dans la répétition etc. Szondi n’était pas intéressé par ça. Pour Szondi, le texte le plus extraordinaire de Freud est Trois essais sur la sexualité. Lacan dit que trois livres de Freud sont importants : Der Witz, Psychopathologie de la vie quotidienne et Traumdeutung. Pour Szondi, il y a un autre texte de Freud, très difficile : Le problème économique du masochisme. Le cache-cache (absence/présence) se montrer, et à partir de cette activité de savoir l’objet à qui on a à faire… ce qui se cache : c’est le masochisme. Et c’est le point pivot du travail de Szondi. Dans la sexualité, le masochisme, c’est quelqu’un qui se cache et qui se montre, (hy-!) c’est le masochisme dans le vecteur paroxysmal. Le masochisme, ce n’est pas seulement dans le vecteur sexuel. C’est la trouvaille de Szondi… le masochisme c’est : je me cache et je me montre dans ma douleur à l’autre que j’interpelle pour m’accompagner dans ma douleur, soutenir ma douleur, car j’y trouve mon chez-moi dans la douleur. Pourquoi est-ce excessivement difficile de sortir quelqu’un de la douleur, parce qu’il se trouve chez lui là, il n’y a rien de plus tenace que le masochisme ! C’est pour ça que Freud a dit : « quel est le problème économique du masochisme ? », économique, veut dire gérer la maison, le pays ; comment gérer la douleur ? Parce qu’on ne peut pas quitter cette position comme ça, je crie, je hurle, si je n’ai pas le droit de crier chez moi, alors où je dois crier ? Je le montre là où ça se cache ? Et qu’est-ce qui se cache ? Le meurtre. Szondi est le premier à faire le rapport entre le masochisme et le crime. Et les plus grands crimes sont les crimes masochistes. « J’ai trouvé un instrument pour soutenir ma douleur ».

 

Fourniret est l’incarnation du masochiste criminel passionnel. C’est un homme qui pleurait aussi – les larmes on s’en méfi – c’est un homme qui pleurait quand il torturait « proprement » la petite Estelle, et quand ça se montre, parfois, c’est dans le meurtre. Freud n’a jamais, jamais fait le lien entre le masochisme et le crime. À la fin de sa vie, il a pu dire qu’il pouvait y avoir une pulsionnalité de destruction, de l’emprise, mais jamais crime. Et pas avec les gens qui souffrent de leur douleur. C’est criminel la douleur. C’est pour ça qu’on y tient. Quelle clinique institutionnelle fait le lien entre toute la sémiologie qui se construit comme un marché entre la douleur et le crime, la fibromyalgie, la clinique de la douleur, la clinique du burn out, la douleur chronique, la fatigue chronique, etc., c’est un marché énorme au niveau des psychothérapies, de la pharmacologie, de la médecine. De temps en temps, je rêve que je parle à Szondi pour lui dire : ils n’ont pas encore fait le lien entre la douleur et le crime.

 

 

 

 

4- Les verbes qui vont définir, délimiter chaque zone de la vie : le vecteur P, paroxysmal

 

Contact

C

Sexuel

S

Paroxysmal

P

Moi

Sch

Aller-venir Avancer-reculer Entrer-sortir Ouvrir-fermer

Le seuil               

 

La troisième dimension de la vie, le vecteur paroxysmal, est délimitée par les verbes entrer et sortir.

 

Dominique Arban, qui est une spécialiste de Dostoïevski, a écrit un livre dans la collection Solfège, sur sa biographie, et elle aborde les choses, non pas par les personnages mais par le seuil, l’espace. Tout se passe chez Dostoïevski, sur le seuil de la porte, il laisse rarement entrer quelqu’un, les décisions de tuer ou pas tuer, de négocier, de se mettre en question, souvent cela se passe sur le seuil, sur le paillasson. C’est un endroit difficile. On peut glisser. Il y a toujours la mort, le meurtre… et toujours la réparation. Pour dire que le passage du sexuel au paroxysmal a à voir avec le seuil.

 

Quelle est la différence entre avancer-reculer et entrer-sortir ? Cela veut dire qu’il y a un tiers, un point qui délimite : sors de la chambre, entre ! Dans avancer-reculer, il n’y a rien. Cela peut amener jusqu’à la mort. Il n’y a rien qui puisse arrêter la séduction, sauf nous-même. Mais là, il y a quelque chose qui nous dépasse : une porte ; entre ! Sors ! La porte c’est le point, cela délimite. S’il y a un point, il y a un espace qui ne va pas être comme l’autre. C’est la porte qui délimite un espace. Où est-ce qu’il n’y a pas de porte ? Dans quelle structure n’y a-t-il pas de porte ? Dans l’inceste. Dans les familles incestueuses, tu n’as pas besoin de faire de dossier, tu vas chez eux, et il n’y a pas de porte. Il y a de plus en plus de familles incestueuses. Il y en a toujours eu, énormément. Mais ce n’était pas en public, elles se cachaient, cela n’avait pas de répercussion sociale. Mais maintenant, c’est beaucoup plus public. Il y a beaucoup plus d’investissement juridique et autre, beaucoup plus de meurtres ! Dans une structure incestueuse, il n’y a pas de porte. Dans la maison, tout est pareil. Il n’y a pas de différence. C’est pour ça que c’est interdit.

 

Le bonheur, c’est une connerie. Cela n’existe pas ! Si on connaît un peu le vecteur P, on arrêterait de parler du bien-être et du bonheur. Le bonheur, c’est simplement dialectique, mais ce qui est plus universel, c’est le malheur. Le malheur de vivre, c’est à dire que tu vas respecter un interdit pour vivre dans ton nom-propre. Et c’est pas rigolo. Respecter qu’il y ait des différences, des interdits…, tous ceux qui parlent du bonheur, ils n’ont jamais lu la Bible sur le paradis. C’est une mythologie, une vérité. Sors du bonheur ! Dante. Sors du paradis ! Et tu vas errer mon coco à travers le purgatoire. Dostoïevski, c’est plein de « sors, réfléchis et après tu entres » et on verra comment tu reviens… avec une culpabilité, une révélation, une rationalisation… Les frères Karamazov, chacun va revenir avec quelque chose dans son sac, de la passion du Christ, du sacrifice, etc… Je comprends qu’on pourrait tuer notre père, mais je le nie. Chacun revient avec ce qu’il a amené dans son voyage d’entrée et de sortie.

 

Le seuil. La porte. Dans l’inceste il n’y a pas de porte. C’est interdit pour pouvoir donner forme au paradoxe de la vie qui est une épreuve. Tu vas respecter ça et tu vas grandir psychiquement, existentiellement. Dans l’inceste, on ne grandit que dans le corps mais pas dans son âme, dans son existence. On a un contraste dans l’inceste entre le corps et l’existence qui est en rupture. Et il y a des situations incestueuses qui sont affreuses car il y a des dysmorphies corporelles dès la naissance ! Il y a un écart dès la naissance entre le corps et l’existence. Et l’existence est remplacée par la vie. Ils vivent. C’est tout. Et ils montrent avec quoi ils vivent. Ils ne peuvent pas sortir d’eux-mêmes. Ils montrent ce qu’ils ont : un corps, des seins nus, qu’ils montrent au monde. C’est la seule chose qu’ils ont. Ce paradoxe, pour pouvoir vivre, suppose qu’il y ait une porte, que je puisse me retirer, que je ne sois pas sous le regard de tout le monde, que je n’aie pas besoin de vêtements pour me couvrir, j’ai un espace qui me couvre. C’est très compliqué maintenant. Tous ces mouvements pour être protégés, c’est très bien, mais l’autre ne peut même pas regarder, ou s’il y a un tout petit peu d’inceste : « tu as vu comment il me regarde ? Je vais porter plainte ». Il fait une petite remarque sexiste : « je veux porter plainte » parce que je suis dans une fragilité incestuelle ! Il n’y a plus de jeu. On est dans le trop des deux côtés. Trop de légalisme. Trop peu de jeu. C’est très compliqué pour trouver un consensus et la bonne mesure.

 

Dans le paroxysme, les deux facteurs épileptique et hystérique

 

P

Troubles paroxysmaux

e hy
épileptique hystérique
Éthique Morale

 

L’interdit, facteur e, ne pas faire du mal à l’autre, ne pas être nocif, comme on dit aux petits : ne pas faire à l’autre ce que l’on n’aimerait pas qu’on fasse à soi-même. Je ne sais comment transmettre ce message avec les réseaux sociaux. C’est qui l’autre ? L’Autre, le grand Autre, il s’incarne vraiment, il est anonyme. Ça devient extrêmement difficile. Avant-hier, il y avait un énorme problème en Belgique, des Flamands connus avaient mis des photos d’eux nus sur un réseau whatchat, et hop, cela s’est diffusé partout ; un chanteur a porté plainte et c’est devenu public. C’est qui l’autre ? On peut pénaliser ça de dix à vingt ans de prison.

 

Franck : Si tu mets un nu sur Instagram ?

 

Marc : Oui ! Mais va le trouver. Ça passe maintenant par TikTok et les petits jeunes, donc va le trouver l’autre. Donc on passe du vecteur sexuel au vecteur P uniquement dans sa dimension de punition. Est-ce qu’il y a un interdit qui a été inscrit chez quelqu’un, mais comment l’inscrire ? Le vecteur P devient très compliqué. Quand Szondi avait installé ça, il n’y avait pas encore les réseaux sociaux. On doit toujours réfléchir comment faire pour que le vecteur P tienne. Le système juridique doit toujours courir derrière pour s’adapter. C’est compliqué.

 

Facteur hy : interdit de ne pas pouvoir être éprouvé pour devenir quelqu’un. Le bonheur gratuit est interdit. Les plaisirs adamiques sont interdits. On ne mange pas de pomme uniquement pour son goût. Le plaisir fonctionne dans un ensemble de la vie. Dans le vecteur P on arrive dans une zone de délimitation. La porte qui va délimiter l’approche de l’autre qui passe par le respect de l’autre, la responsabilité de l’autre, c’est à dire, je réponds de ce que j’ai fait. Là, la psychothérapie a peut-être un sens. Quand on est devant sa responsabilité, celle de devoir répondre et d’obéir. L’obéissance c’est prêter l’oreille à l’autre. Est-ce que j’ai la capacité d’entendre et d’écouter ? Il y a plein de malades à La Borde qui disent « ici, on ne fait que parler, mais jamais personne n’écoute, et pourtant, vous êtes formés pour écouter… » C’est plus difficile d’écouter que de parler.

 

Le facteur hy, il prend forme là, dans répondre et obéir, et si tu peux répondre et obéir, tu peux traverser l’inceste qui est dans chacun de nous et arriver dans la possibilité d’être quelqu’un de singulier, de différent des autres. On a rajouté toute cette thématique kantienne de l’impératif catégorique. Il n’y a pas de responsabilité individuelle dans cet impératif catégorique. Regarde Eichmann. Hannah Arendt, l’avait bien compris. C’était un clown, un personnage ironique. Il obéit à la lettre à l’impératif catégorique de Kant : « fais personnellement ce qui correspond à une obligation universelle ». Dans son monde, il obéissait en vertu de l’impératif catégorique à ce qu’universellement le nazisme voulait. Il était un administrateur très zélé, qui faisait son travail à la perfection. Schotte en avait parlé un mardi soir à propos de ce texte de Lacan « Kant avec Sade », il disait qu’il n’y avait pas de lien clinique et qu’il fallait plutôt aller voir le vecteur P.

 

Cette épreuve de respecter les interdits de la loi… est-ce qu’on va nous donner un cadeau ? Entrer dans la loi, n’est-ce qu’une punition ? C’est quelque chose qui met des limites et ces limites nous empêchent de vivre, de nous épanouir ? Non ! Je vous conseille absolument le livre de Danielle Roulot Paysages de l’impossible. Danielle était une intelligence énorme. Elle a rassemblé un recueil d’articles dans ce livre. Difficile, car sa formation d’origine était la physique et la chimie, donc les mathématiques et la logique, et dans ce livre elle inscrit la psychanalyse dans un système logique. Donc elle découvre, avant les autres, la logique psychanalytique. Et c’est extraordinaire. Elle disait : « ah, j’aurais dû mettre plus le vecteur P là-dedans ; Marc, tu le fais ! » C’est à dire : sors de l’inceste, sors de la chambre des parents, et si eux ne sont pas capables de le dire, je sors moi-même, ou je vais demander à quelqu’un de sortir. Qu’est-ce que je vais faire seul dans cet espace ? Elle essaye de définir quel est cet espace qu’elle appelle un espace logique. (Michel Balat l’a aidée à faire ce livre, c’est sa logique à lui, c’est superbe, mais pas facile). Donc, cet espace isolé dans lequel je me retrouve seul : le tiers exclu. Mais comment je vais survivre ? L’âme sera compensée par la création d’un fantasme. La voie royale au concept de l’inconscient, c’est le rêve, et la voie royale de la vie à l’existence, c’est le fantasme. Maldiney, qui parlait beaucoup de la vie et de l’existence n’a jamais parlé du fantasme.

 

Nathalie : On en reçoit beaucoup des familles en pédopsy où les mamans sont dans des injonctions paradoxales où elles disent aux petits garçons « sois mon petit mari » et en même temps quand le gamin va dans ce sens-là, ils se font ramasser par la mère…

 

Marc : Ce qui m’aide dans le travail, c’est Dolto : claire, simple, elle était vraiment dans le vecteur P quand elle travaillait. Pour moi, Dolto a toujours été l’incarnation du vecteur P dans son travail avec les petits, et en même temps, avec un respect absolu mais dans une obéissance absolue à l’inconscient. Mais pour elle l’inconscient c’était Jésus, donc, quand on y croit, on obéit à Jésus. Et elle disait que si les parents venaient avec un enfant, c’est que c’était l’enfant qui avait donné signe de venir, et si ce n’était que les parents qui demandaient la consultation, elle les renvoyait car elle disait qu’elle ne s’occupait que des enfants. Il y a beaucoup de gens qui disent s’occuper des enfants mais qui en fait ne s’occupent que des parents, parce que c’est difficile de s’occuper des petits. Comment parler à quelqu’un qui a quatre mois ? Va lire les séminaires d’enfants de Dolto. Elle pouvait dire : « madame, si vous n’êtes pas satisfaite avec votre mari, changez ! Mais laissez votre enfant tranquille. …Ce n’est pas un objet de commerce, d’échange ». Et ce n’est pas vrai qu’elle était incestuelle. Il y a quelques mois, des connards ont repris un extrait d’interview pour inventer n’importe quoi.

 

C’est toujours ça dans le vecteur P : la place de l’enfant. On l’a fait sortir, il est dans sa chambre à lui, il a sa propre vie, il est l’objet de commerce et de disputes. Si on ne l’a pas fait sortir, s’il n’arrive pas à sortir, là, c’est beaucoup plus compliqué et il faut être extrêmement prudent. C’est surtout à l’enfant qu’il faut parler. C’est un peu mon métier, c’est ce que j’aime le plus, les petits. Il faut demander aux parents si tu as le droit, là, tu es dans une position d’otage. Le porte-parole de quelque chose qui n’ose pas se dire entre les parents. Ose, c’est contactuel. La chose la plus difficile au monde. Demander aux parents si tu peux parler à l’enfant. Demander aux parents s’ils seront là.

 

C’est quoi le fantasme ? Le petit dit : « tu m’as mis à côté. Il y a une porte. Mais il y a une fenêtre d’où je peux vous regarder. Même si il n’y a pas de fenêtre, même si je ne vois rien, le mur est une fenêtre et je mets mon oreille pour écouter… » Il y a des dessins animés où il y a une oreille qui regarde par la fenêtre. Il ne faut pas s’appeler Paul Claudel pour dire c’est le regard qui écoute ou c’est l’oreille qui voit. C’est superbement poétique chez Paul Claudel. Il a touché une zone existentielle extraordinaire. C’est la matière pour former un fantasme. Je n’ai rien vu ! Mais j’ai regardé ! Et ça m’a construit des choses. Alors le névrosé normopathe qu’on est tous : « ce n’est pas vrai ce que tu racontes. Tu mens ». « Si, si je vous ai vu manger un gâteau dans votre chambre, vous avez regardé tranquillement la télé … » et d’ailleurs, il ne faut pas croire que les enfants sont intéressés par la vie sexuelle des parents, ils en ont rien à foutre, c’est Freud qui a accentué ça, la scène primitive, c’est l’obsession de Freud pfffff !!!.

 

Les enfants sont plutôt intéressés par les choses que les parents font et qu’ils ne peuvent pas faire. Eux, c’est la playstation. De quel droit, les parents se permettent de regarder la télé et de me foutre dehors ? Même si les parents sont très obéissants aux enfants, pour éviter les conflits et la merde, … là on retombe dans l’inceste. Le tiers fout le camp et on fabrique un petit tout-puissant. Un bandit. Le fantasme, ça veut dire la différence entre voir et regarder. La différence entre la vue et le regard : la vue, c’est la perception, le regard, c’est la construction du fantasme. Et c’est pareil pour l’oreille. J’ai entendu, et ça va vite les fantasmes.

 

Freud a eu ce génie de dire qu’il y a des fantasmes originaires qui ont une structure phylogénétique, c’est à dire qu’ils sont inscrits au début de la vie. Il y a un livre qui est un must de Laplanche et Pontalis : Fantasmes originaires, fantasme des origines, et origine du fantasme. Là, ils parlent de l’instinct pour dire que c’est quelque chose de phylogénétique, qui est inscrit dans l’être humain tout court. Le retour au sein maternel veut dire « d’où je viens ? ». C’est bien de se dire que je suis né dans un chou, ou alors apporté par une cigogne. Comme le père Fouettard… il y a le fantasme de la castration, de la scène primitive et de la séduction. Voilà les quatre fantasmes originaires.

 

Le fantasme originaire de la séduction pose maintenant un problème à la justice. Moi, je crois toujours le petit qui va dénoncer. Je le crois et on verra… C’est compliqué. C’est une position très subjective et moi, je ne m’en sors pas. Je peux dire à la mère « porte plainte » et elle peut répondre : « mais ça me plait que le papa s’occupe de son enfant », c’est compliqué.

 

Le fantasme est un poison. Gift. Cela veut dire don mais aussi poison. Je te donne quelque chose mais c’est aussi pour t’empoisonner. Comme dans les films. Mais cela devient de plus en plus la réalité. Le don, c’est un poison, mais pas seulement psychiquement. Dans des cultures lointaines, quand on donne quelque chose dans une famille, quand on donne quelque chose à quelqu’un, il y a le don et le contre-don. C’est dans le vecteur P tout ça. Est-ce qu’on peut par-donner ? Le texte de Derrida sur le pardon, pour moi un des meilleurs, le jour du pardon, c’est universel. C’est le vecteur P qui permet qu’on se pose la question du pardon. Il faut passer par une crise pour pouvoir pardonner et demander pardon.

 

Pour arriver à e+ il faut passer par hy+ et hy-

                         

 

Donc on passe par les facteurs de travail (hy+, hy-) qui sont des facteurs de crise. Comme préparer un rituel pour demander pardon, tu vas être soumis à une crise.

 

Farid : Ce n’est pas nécessaire.

 

Marc : S’il n’y a pas crise, ce n’est pas possible d’accepter ou de demander pardon. La crise, cela peut être : « je refuse de manger ma soupe. Ma mère m’a préparé ma soupe et je refuse de la boire ». C’est une crise. La crise est un appel à ce que cela va produire. On n’a pas besoin de centres de crise. On est tous en crise, plus ou moins, pour voir ce que cela déclenche. Est-ce que cela provoque un changement dans la maison ? Après c’est possible de pouvoir organiser un pardon.

 

Donc, en s’appuyant sur Nietzsche, c’est là où Szondi dit qu’on peut sortir du ressentiment. Nietzsche est le seul à avoir donné une explication extraordinaire sur le ressentiment. C’est Schotte qui avait proposé à Szondi de lire les textes de Nietzsche sur le ressentiment. C’est la seule possibilité de sortir du ressentiment. Sortir ! Seule possibilité de ne plus en vouloir aux gens, seule possibilité de ne plus avoir de rancune. Nietzsche dit « c’est le ressentiment qui va donner forme aux affects brutaux ». Et Szondi avait défini dans le vecteur P, le facteur e- qui représente les affects brutaux : la jalousie, la haine, la médisance, la violence, l’agressivité, l’envie, et à l’inverse, les affects … biens… la tendresse, la douceur… bon, ce n’est pas énorme comme bagage pour l’être humain… les affects mous… ce sont plutôt les affects bruts qui se transforment. C’est le ressentiment qui va faire émerger des affects bruts. Quand on a du ressentiment pour quelqu’un on sera très vite repris par la jalousie, la paranoïdie, par l’envie. Jalousie, c’est vouloir être à la place de quelqu’un, l’envie c’est vouloir ce qu’il a, c’est simple la différence. Mais ce n’est pas simple pour vivre.

 

Anne : Comment sortir du ressentiment ?

 

Marc : Oui ! Contrairement à Mélanie Klein qui dit que les affects bruts sont là comme ça, Szondi dit que c’est par le ressentiment que l’on a accès aux affects bruts. Comment on en sort ? Nietzsche dit qu’on n’en sort pas. Il n’a pas tort. Il le justifie. Derrida dit qu’on en sort par le pardon, mais comme le pardon est presque impossible… l’être humain ce n’est pas quelque chose de glorieux. On n’entend plus ça. Tout est pris dans ce mensonge absolu du bonheur et du bien-être et dans la consommation du bien-être. C’est un commerce inouï. C’est affreux. C’est une Israélienne qui a écrit sur la consommation du bonheur, Eva Illouz, son approche est superbe.

 

Cathy : Il y a la phrase d’Aragon « qui parle du bonheur a souvent les yeux tristes. »

 

Marc : Oui ! Affreux. Le dernier livre d’Eva Illouz est sur la fabrication des émotions. Donc ce n’est pas par là qu’on va sortir du ressentiment.

 

Anne : Les sectes !

 

Marc : Non, pas forcément. Coca cola, Amazon, la pharmacologie vivent là-dessus… les ostéopathes, les magnétiseurs… allez, un peu de bonheur… Il n’y a qu’un moyen pour sortir du ressentiment, c’est le pardon. Il n’y a pas un seul enfant au monde qui n’en veuille pas à ses parents, pas un ! S’il n’a pas de ressentiment, il est mal parti. Et on est tous enfant.

 

 

5- Les verbes qui vont définir, délimiter chaque zone de la vie : le vecteur du moi, Sch                                        

 

L’anthropopsychiatrie, ça tient ou ça ne tient pas, c’est une hypothèse très fragile, c’est peut-être pour ça que les personnes ne s’y mettent pas. À la Quatrième dimension, déjà, vous lui donnez une place topique dans l’ensemble, cela ne tient pas bien la route.

 

Contact

C

Sexuel

S

Paroxysmal

P

Moi

Sch

 

Aller-venir

 

Avancer-reculer Entrer-sortir Ouvrir-fermer

 

Ontiquement, c’est le dernier vecteur, le Quatrième vecteur, ontologiquement c’est le Premier. Philippe Lekeuche dit qu’il se heurte toujours à cette même difficulté, quand il fait des cours, des formations, il y a toujours cette question sur la différence entre ontique et ontologique. Alors, on peut dire que ontique, c’est le développement de quelqu’un, c’est la manière dont il est dans la vie, et ontologiquement, c’est la philosophie. La Quatrième dimension, c’est la dimension de l’être humain dans son humanité propre, singulière, son style propre, son rythme propre On reconnaît quelqu’un à son style, à sa manière de marcher. Le style, c’est la réponse à tous les identitaires. Est-ce que le style de quelqu’un est le marqueur de sa singularité ? Peut-être que c’est par là qu’on peut combiner l’ontique et l’ontologique. Si on reste dans l’ontique, c’est le développement, et à un moment de sa vie, l’« humanité » de cette personne va se réaliser dans un projet. Avoir une finalité, l’assumer et le réaliser. On parlera d’autonomie. Une psychanalyse … quel est le critère pour finir une analyse ? L’analyse finie et infinie… ça peut durer 30 ans. Oury était fier d’être resté 30 ans chez Lacan.

Franck : Oui, un jour, je lui ai demandé : « Jean, cela fait 20 ans que je suis sur le divan. Comment on fait pour arrêter ? » Il m’a répondu : « fais comme moi, attends qu’il meure ! »

Marc : Oui, c’est ça. Quels sont les critères ? Souvent on dit qu’on se met d’accord quand on peut continuer tout seul. Donc quand l’enfant peut être seul dans sa chambre, c’est comme si il était passé par une cure analytique et qu’il assumait d’être une personne. C’est compliqué les critères. Freud n’a pas pu répondre. L’analyse finie et infinie. C’est peut-être le ras-le-bol de l’analyste. Ce serait un superbe critère. Mais comme on paye cher, il n’en a pas ras-le-bol. « Oui ! Il faut travailler le transfert… », C’est un peu une caricature quand même ! Mais Freud, il ose dire ça ! Tu t’imagines ! Ce type phobique qui pouvait dire qu’il en avait ras-le-bol ! Mais il était aidé par ce génie qui était Ferenczi. Ferenczi disait : « si je ne peux plus l’aider, si je n’ai plus la passion, comme me lever à 4 h du matin pour lui, alors, j’arrête. Je ne peux plus. Il m’a épuisé. … ». Quel est le critère de l’arrêt de l’analyse ? Est-ce que l’autre doit se réaliser dans son nom propre ? Cela touche le bonheur. Ça pue le bonheur, ça pue le bien être. Ça pue l’autonomie. Si il y a bien une espèce au monde qui n’est pas autonome, c’est bien l’être humain. La lecture ontologique, c’est tout ce qui est contactuel, sexuel, paroxysmal, c’est à moi que ça arrive. Le contact, une rencontre, un obstacle, un conflit. Freud était un génie d’avoir développé ses topiques. Inconscient, préconscient, conscient. Puis moi, surmoi, idéal du moi. Bravo Sigmund !

Qu’est-ce qui fait qu’une personne a les outils pour s’obtenir soi-même ? Il commence la vie avec tenir, contenir, retenir pour pouvoir s’obtenir. C’est le même mot-racine que dans le contact. Tenir. Halt. Quelqu’un qui me tient, qui me prend en charge, qui fait que je me tiens moi-même et qui m’obtient. Qui assume qu’il se tient. Qu’il y tient. J’y tiens ! Antigone qui dit : « je me fous des règles et des règlements. J’y tiens à enterrer mon frère parce que c’est mon frère ». Et Lacan, dans son titre de séminaire extraordinaire, L’acte psychanalytique, (et pas la cure psychanalytique), au fur et à mesure de sa vie, il y arrive. Au début, il dit : « oui, direction de la cure, variante de la cure… et puis après, l’acte psychanalytique. J’y tiens ! Un acte psychanalytique, c’est quelqu’un qui peut poser de s’y tenir. C’est l’éthique de la vie. J’y tiens. J’ai décidé et j’y tiens ». Superbe !

De quoi dispose la personne humaine pour cheminer à s’obtenir, à s’y tenir ? Toute notre construction de l’anthropopsychiatrie tient avec cette question. Cela a à voir avec la psychose, le vecteur Sch. Cliniquement, quelqu’un qui tombe malade de schizophrénie, cela se passe souvent à un moment où la personne se trouve confrontée à un choix personnel. En Occident, on est encore tout petit à 18-20 ans, et tu décides presque pour toute ta vie, au niveau du travail et au niveau de l’amour. À un moment donné, il y a une transformation dans l’érotisme, à travers la séduction, on tombe amoureux. Alors, là, fini de s’amuser ! Quand il y a une rupture, la personne manque, l’absence. C’est l’autre qui me met en manque. Ce n’est pas la même chose que le manque toxicomaniaque de la dimension du contact. Être en manque de quelqu’un, c’est vraiment le signe qu’on est tombé amoureux. Au niveau travail, dans la décision d’aller dans une certaine direction pour le choix de la profession. Cela se passe vers 18 ans. Et c’est là qu’il y a des décompensations psychotiques.

Qu’est-ce que ça veut dire psychotique ? Qu’est-ce que ça vaut l’existence au niveau de l’amour ou du travail ? Est-ce que je suis capable ? Est-ce que c’est une potentialité en moi d’être réceptif à l’autre pour pouvoir être amoureux ? Mais, l’autre, c’est qui ? C’est un bout de moi ? C’est un bout de mon grand-père que je vais idéaliser ? Je peux être avec quelqu’un qui est différent ? La question de tous les jours du psychotique : est-il possible que quelqu’un pleure à cause d’une rupture et ensuite une semaine plus tard, est avec quelqu’un d’autre… ? Comment est-ce cela possible ? Ça vaut quoi cette douleur ? Ça vaut quoi cette joie de retrouver quelqu’un ? Comment est-ce qu’on ne reste pas un moment en soi-même pour réfléchir, pour savoir où on en est ? C’est quoi l’autre, c’est qui l’autre ? C’est un objet qu’on peut changer comme un portable ? Ça, c’est vraiment la question du psychotique. Être avec l’autre, comme le dit Gisela Pankow.

Toutes ces questions sur l’amour et le travail sont des questions personnelles, qui touchent au concept de la personne. Schotte dit qu’il n’y a rien de plus personnel et humain que la question du psychotique. Freud dit non ! C’est la névrose. Mais nous, on n’est pas d’accord avec Freud et on dit qu’il n’y connaît rien. Freud n’a pas fréquenté les psychotiques (il a fait la construction de la psychose sur seulement un écrit du président Schreber. Et à propos de l’observation de l’homme aux loups, il n’a jamais résolu si c’était une hallucination névrotique ou psychotique).

La décompensation psychotique est une chose qui me rend profondément malheureux. La place que le psychotique nous donne, et qu’on prend : nous sommes des témoins.

 

  Sch
VGP k0 p0
EKP k± p±

Ils sont énormément fatigués. Ils dorment. Et c’est quand ils ne dorment plus qu’il peut y avoir une catastrophe. Ils sont énormément fatigués d’essayer de tenir. De tenir à l’école, à la maison, dans la rue (où il risque de tomber sur des choses auxquelles ils ne s’attendent pas), avec les amis, avec l’amoureux… c’est infernal. Et on n’y peut rien. Car ils essayent de tenir. Ils lisent énormément. Ça n’arrête pas de penser. Ça tourne en rond comme un carrousel. Il y a la dimension dépressive qui arrive. C’est la chose la plus difficile dans notre travail d’être témoin de quelque chose sur laquelle on n’a pas de prise. Quand doit-on intervenir ? Au moment de la catastrophe ? Dans la dépression, c’est plus facile. Dans l’anthropopsychiatrie, c’est la question : comment peut-on avoir accès à ce glissement progressif vers la catastrophe. Tant qu’on n’en est pas là, l’anthropopsychiatrie n’est qu’un jeu intellectuel. On dit que c’est la clinique qui tient la route et on n’a pas accès à la clinique. Donc, le défi, c’est de continuer à réfléchir.

Schotte avait compris en disant qu’il travaillait avec les médecins généralistes, mais c’était sur les troubles de l’humeur. Comme lui-même était maniaco-dépressif, il ne s’occupait pas de la psychose, c’était comme pour Freud, un jeu intellectuel. Szondi lui a souvent dit que l’épilepsie était une zone dangereuse pour lui. Et quand Schotte (quand il est revenu du Machu Picchu) a eu un problème cérébral… il n’a pas voulu le reconnaître.

[Discussion autour de la problématique de Schotte… infarctus du cervelet ?]

Marc : Il n’a pas voulu se soigner. Pourtant lui avait dit qu’il avait une problématique avec la neurologie.

La décompensation psychotique est soit très lente, soit très brutale dans une bouffée délirante. Là, c’est plus facile, c’est spectaculaire. Pour moi, c’est plus un spectacle que de la douleur. C’est comme aller au théâtre. Et je suis spectateur du spectacle. Une bouffée délirante c’est quelque chose qui se montre. Il y a des beaux textes là-dessus qui ont bien délimité la clinique. Cela peut disparaître mais cela laisse des traces. Il y a des gens qui guérissent de la psychose en faisant une bouffée délirante. Quand Kuhn dit : « on est plus le même avant qu’après une bouffée délirante ». On en voit moins fréquemment maintenant car il y a les neuroleptiques qui protègent d’une décompensation. Même si les généralistes, qui sont souvent sollicités par les parents, donnent plutôt du valium (ça peut suffire) et pas de neuroleptiques parce qu’ils n’osent pas, à cause de la peur d’une plainte. C’est horrible, on ne peut plus travailler. Donc, quand Kuhn dit : on est plus le même avant qu’après une bouffée délirante, il veut dire que la bouffée délirante n’est pas une décompensation psychotique comme dans la schizophrénie. Non ! Et les gens ne l’ont pas entendu. Même Schotte.

La catastrophe. Un mot superbe. Je n’y connais rien, mais il faudrait aller voir Prigogine, René Thom sur la théorie des catastrophes. Ou la théorie fractale, Isabelle Stengers. Mais je ne connais pas. Il y a la catastrophe au sens de Goldstein, quand quelqu’un a des troubles neurologiques, un début de démence… les pertes de repères dans le temps et l’espace, c’est catastrophique. Attention, quand on oublie, quand on perd des choses. Dans la psychose, quand la personne ne sait pas où elle est une seconde… ou qu’il doit mesurer l’espace dans lequel il est pour pouvoir se trouver… à 18 ans ! Pas comme dans les cas de psychoses, où s’est sédimenté, comme le dit Minkowski et que répète Maldiney « je suis là mais je ne sais pas ce que ça veut dire ». Tout ça c’est fragile pour construire notre Quatrième dimension.

Sch 00 ±±. Quand on voit cette réaction là…. Aïe aïe aïe !. Attention ! On va lire le reste du profil de façon extrêmement prudente. On va le lire autrement… Tosquelles aimait Szondi parce qu’il avait vu ça. Tosquelles était mégalo, il n’écoutait personne, mais là, il écoutait Szondi. Car il était touché. Comment se fait-il qu’à partir d’un choix de photos, on peut arriver à une théorisation de la catastrophe. Et à partir de là, Tosquelles disait que la seule personne qu’il fallait étudier dans les cours de psy était Szondi. Mais à propos de la catastrophe. Il en a parlé dans son livre La catastrophe ou la fin du monde avec Kierkegaard et Gérard de Nerval.

Maldiney a traduit il y a longtemps catastrophe par collapsus de la transcendance. C’est synonyme de la catastrophe. C’est une phrase de Tosquelles. Maldiney disait qu’il y avait deux choses qui le réveillaient : la peinture et cette phrase. Qu’est-ce que ça veut dire « transcendance » ? Cela veut dire existence. Je n’existe qu’en me dépassant. Je suis ouvert ou pas à ce qui m’arrive que je ne sais pas. C’est ça la transcendance. La transcendance, ce n’est pas être en contact avec Dieu. C’est se dépasser. Être pris par quelque chose qu’on ne maitrise pas, qui m’arrive hors de moi-même. Il y a un collapsus de la transcendance. Cela ne marche plus. C’est menaçant de se dépasser, c’est menaçant la possibilité d’être pris par quelque chose que je ne maitrise pas. Ça a fait tilt chez Maldiney car cela a été décisif pour lui de développer le concept de transpassible. Est-ce que je suis capable dans ma vie de traverser ce qui me fait souffrir ? Est-ce qu’il y a d’autres possibilités que celles que je vis, transpossible. Par exemple, à 18 ans, quand on se rend compte que les études qu’on a choisies, ça ne marche pas, cela ne me plait pas. Tout ce champ de possibles s’arrête. Est-ce que je suis dans le transpassible pour choisir autre chose avec la même intensité pour refaire un champ possible. C’est souvent un moment nœud dans la vie. C’est pour ça que les psychotiques sont très étonnés qu’une rupture amoureuse est beaucoup plus facile (disent-ils) à réparer qu’un échec d’études. C’est vrai, quand on est jeune, le transpossible marche au niveau de l’amour. Ce n’est pas aux adultes de s’en mêler.

Franck : Je pense à un cas clinique […]

Marc : Ce n’est pas parce qu’on a fait un passage schizophrénique qu’on est schizophrène. Qui n’a pas fait ici dans sa vie un passage schizophrénique ? Si on ne l’a pas fait, ce n’est pas la peine de faire de la psychiatrie. C’est facile à dire…Si on a tremblé dans un moment schizophrénique, c’est compliqué. À la clinique de La Borde, « nos gens » (les patients) disent souvent : ce sont ceux du personnel qui sont fous, malades. Quand on se fréquente tous les jours, les patients voient très bien comment on est. Et moi, j’ai un privilège, quand les nouveaux stagiaires arrivent, ils pensent que je suis fou. Il n’y a pas de différence entre soignants et soignés.

Quels sont les outils qu’on a à disposition pour construire la Quatrième dimension à travers la clinique ? Testologiquement, c’est bon : on a Sch 00 ±±

Les verbes du vecteur Sch sont à la fois les verbes de la clinique et de la littérature. Le facteur k : catatonique, la possibilité de se fermer. Cette dimension de se fermer dans la clinique de la catatonie, des personnes qui sont fermées, cela n’existe plus car maintenant il y a les neuroleptiques. Mais avant 1957, avant les premiers neuroleptiques, c’était ça l’asile, il y avait beaucoup de catatoniques. La fermeture du monde en lui et la fermeture du corps dans son mouvement, dans l’immobilisation musculaire. Ça ne bougeait plus. Il était mort. Debout. Quand il y a quelqu’un qui s’allonge chez nous, on dit que c’est anti-Aristote. L’être humain n’est pas seulement vivant quand il est debout. Ce n’est pas la définition de l’anthropos : être debout. C’est la définition d’Aristote. On peut être debout et mort. Aristote connaissait la mélancolie mais il ne connaissait pas la catatonie.

Cathy : Ni un pendu ?

Nathalie : Et ceux qu’on appelait les musulmans … dans les camps de concentration ?

Marc : Chez Aristote, cela n’existait pas encore. L’industrie à fabriquer des morts. C’est une invention du XXe siècle. Chez nous, ils vont s’allonger. Francis, par exemple, va tout le temps s’allonger et crier. Et on accepte collectivement que c’est une ode à la vie. Anti-Aristote. Plus personne ne va lui dire de se mettre debout. Il y a vingt ans, il y en avait un qui faisait la même chose. Alors on a fait un séminaire autour de son lit où il était allongé et j’ai lu un texte d’Aristote et on a accepté qu’Aristote n’avait pas tout compris. Cela nous révèle la possibilité humaine de pouvoir se fermer (s’enfermer dans sa chambre avec son journal intime). La capacité à se délimiter pour pouvoir se fermer. La fermeture, c’est le résultat d’un processus verbal de se délimiter, donc on arrive dans une lecture topographique, physique. Si il y a encore quelque chose à faire en psychothérapie institutionnelle, (et Oury le disait bien), c’est de travailler à partir de la logique sur la différence entre le bord, la frontière, la limite. C’est un peu ton thème, Noémie ?

Noémie : Oui !

Marc : Rh bien, si quelqu’un peut développer ça en l’inscrivant dans la structure de la personne, on est reparti pour la psychothérapie institutionnelle. Comment va-t-on organiser notre espace qui n’est pas seulement un espace de bords, qui n’est pas seulement un espace de frontières, mais qui est aussi un espace de limites et de conjoncture de délimitation. J’ai demandé à un étudiant physicien que cela serait bien de faire une thèse là-dessus. Alors il réfléchit… Pour nous, szondiens, ça nous aide ! Fermer. Est-ce que cela nous aide pour interpréter les circuits du moi ? C’est à dire, qu’est-ce que c’est k+, p- ? Je le note pour Noémie.

p- (Première position) : paranoïde –participatif, l’être humain, à la base, a la possibilité d’être ouvert au monde. Même quand il est dans le ventre de la maman, il est au premier balcon, personne ne sait qu’il est au courant de tout. On dit des méchancetés, on fait des conneries, et le bébé, il doit faire avec. Il est ouvert. Il se passe parfois des choses horribles dans la vie, et cela ne m’empêche pas de vivre. Quand on voit les incendies à Beyrouth, quand on voit l’horreur de la gestion de ce pays magnifique et qu’il y a encore tous ces corrompus qui continuent à vivre sur les collines, comment peut-on continuer à vivre ? Les libanais pleurent, hurlent, crient. Macron c’est un homme de spectacle, mais ils sont contents qu’il soit passé. On est ouvert aux choses les plus horribles du monde. Même si il y a une dimension perverse, on va étudier les horreurs du monde. Le miracle d’être ouvert : p-

k+ (Deuxième position). k veut dire catatonique. Eh bien, là, on a trouvé quelque chose qui touche au fermer. C’est une première délimitation. S’il y a un facteur que Schotte a travaillé personnellement, c’est le k+. Et le k+ a toujours titillé Oury. Une semaine avant sa mort, il me demandait encore de lui expliquer le k+. C’est quoi le k+ ? On ne sait pas. Dans la clinique, quand quelqu’un fait du k+, c’est une première délimitation de la personne propre. La possibilité de se délimiter. Comment appellerais-tu ça Noémie ? Lacan avait énormément de schémas de bandes de Moebius où il y a des ruptures et on se retrouve de l’autre côté du plan. C’est un essai logique de faire une coupure logique. Dans le k+, personne n’a utilisé la logique des mathèmes pour montrer la coupure.

p- : je suis ouvert, je prends un peu de tout. Chez le toxicomane qui prend le produit, il ne sait pas ce qu’est c’est, cela ne fait rien. La sensation de prendre, cela lui suffit. Est-ce que cela le délimite ? Non ! Il ne se soucie pas qui est le dealer, de quoi il est fait, s’il se met en danger ou pas. Il prend, c’est tout. Le toxicomane ne fait pas du k+.  Jamais. Le k+ est introjectif. Jeté à l’intérieur. Bon, c’est un peu descriptif, un peu flou…

Colin : Pourquoi introjection et pas incorporation ?

Marc : Non, ouais, c’est des querelles à la Oury. J’ai toujours la même réponse. Va lire Tausk. La machine à influencer. C’est de la terminologie. Quand on est dans ce mouvement où tout ce qui vient de l’autre on le prend en soi, la seule chose qu’on peut dire, comme Hegel, c’est qu’on porte le monde sur nous. On est bossus parce que c’est trop lourd à porter. Tout ce que j’ai vu et entendu, je le prends en moi. Pas pour moi. En moi. En même temps, k+ est le premier moment où on est conscient de soi-même. Où le concept de l’inconscient s’inscrit. C’est la première inscription : k+. k+ délimite entre l’autre et moi. Quel est le statut de cette délimitation ? Quelle est la logique de cette ligne pour se différencier de l’autre ? Lacan a essayé de faire la distinction entre moi et l’autre en faisant des logiques de séparation : se-parare. Séparation ça veut dire se partager. Ça veut dire quoi se séparer ? Cela ne veut pas dire devenir différent de l’autre. Lacan avait trouvé une logique mais il n’était jamais content, ce n’était pas définitif, il cherchait…

Quel est le statut logique de cette délimitation de l’autre ? Szondi dit que c’est la prise de conscience de soi-même. Mais conscience est un terme qui est vieux comme le monde. La conscience : Bewusstsein. Ça n’aide pas pour définir la délimitation. En même temps, il dit que k+ est la première distinction entre moi et l’autre, c’est à dire (et là on retombe sur les Trois essais sur la théorie de la sexualité de Freud) « ah ben toi tu as un zizi et pas moi ». Szondi était frappé par un article de Freud qui s’appelle L’anatomie, c’est le destin. Très peu de gens l’ont lu. Et c’est dans cet article que Freud dit que c’est le destin qui fait que je suis garçon ou fille. Et après c’est dans le fantasme qu’on dit que si on a un zizi, on va le perdre. On va le couper. Si tu t’amuses avec ton zizi, on va le couper. Et les machistes disent aussi : si tu n’as pas un zizi, tu en auras un. C’est le destin des anatomistes. Szondi dit que k+, c’est cette distinction de sexe inscrite dans l’anatomie. Cette prise de conscience de cette différence sexuelle. Lacan a toujours travaillé sur le sexe. La sexualité, ce n’était pas son dada. Les trois S : savoir, sujet, sexe. Il était obsédé par le sexe. Mais pas le sexe comme logique. Mais Szondi, il a décrit. Il y a plein de gens qui donnent k+. C’est une façon de sortir du k0. Il y a une possibilité dans l’être humain de récupérer cette suspension, la voltige, ce saut. Si tu as un k+, tu peux délimiter le vol (la dimension maniaque) et t’asseoir à côté de toi-même. Mais si tu n’as pas de k+, ce n’est pas possible. Oury disait : il faut faire de la logique physique pour comprendre le k+Nathalie : Il y a maintenant beaucoup d’ados qui se disent transgenres. Il faudrait peut-être aller du côté de la base. Marc : La base, dans le vecteur Sch, c’est la première position, c’est p-, la possibilité de participer à la vie. Mais ce n’est pas là où on se délimite. Le toxicomane il n’est personne. Il est foyer. Il n’est pas objet, ni sujet, ni personne.  Franck : Aujourd’hui, on doit questionner le transgenre comme symptôme hystérique, parce que c’est tellement à la mode… symptôme d’un truc qu’on nous montre… Marc : La mort n’est pas loin. Il y a quelqu’un à La Borde qui dit qu’il veut changer de sexe. Eh bien, la mort n’est pas loin. Toujours. Ce n’est pas parce que c’est à la mode, ce n’est pas parce que c’est une dimension culturelle d’émancipation… en Belgique, au séminaire, il y a une psychiatre qui est spécialisée dans le transsexualisme, qui est une experte mondiale et par qui les personnes sont obligées de passer pour avoir l’autorisation des hormones, etc  et cette dame dit qu’avec les ados, il n’y a pas d’élaboration, ils ont décidé, un point c’est tout, et qu’au bout du processus, qu’est-ce qu’il y a : un truc qui ne se travaille pas, c’est la mort. Le transsexualisme, cela a à voir avec k+. Une prise de conscience. Je suis différent. Mais c’est difficile d’être différent. Il y a quelque chose d’une grandeur de devenir absolu, je suis un homme mais je veux devenir une femme. Je suis une femme, je veux être un homme. Devenir les deux. Donc, cette aspiration à être tout, c’est compliqué… C’est mieux quand ils sont dans le transvestisme. C’est plus rigolo ! Noémie, cela pourrait être un travail. Si tout ton bagage physique s’inscrit dans la manière de se construire un style personnel : bord, frontière, limite et la dimension de délimiter. Se détacher de la limite pour pouvoir reconstruire la limite. Notre travail c’est de délimiter. On n’a pas la base pour travailler ça.  k- (Troisième position) : c’est plus facile. On n’est plus dans la psychose. On est dans les outils pour se construire. k- dans le vecteur Sch. Si je veux vivre comme un petit normopathe relativement tranquille sans me poser des questions  tout le temps, il y a le k- à ma disposition qui veut dire : ne me fatigue pas. On va réfléchir demain. Laisse-moi tranquille. J’ai oublié. Et quand j’ai oublié, je me rappelle. J’ai oublié mes clés mais je me rappelle que je les ai oubliées. D’ailleurs si quelqu’un veut faire une thèse sur la psychothérapie institutionnelle, c’est presque un classique, il faut étudier les clés. C’est de moins en moins possible car maintenant on ferme tout.  k-! (k-accentué), ça commence à être compliqué : tu crois que je suis capable ? Cette réalité dans laquelle on vit, c’est de la merde. Tu n’as pas honte de participer à toutes les conneries dans la vie… Beyrouth c’est loin de notre vie. Tu n’es pas dégueulasse ? k-! : j’ai honte de vivre et d’exister. Que dit Kafka sur la honte ? C’est pire quand quelqu’un n’a plus de honte. Le mélancolique a une pathologie où il est tranquille : il peut emmerder le monde par ses plaintes sans être touché par la honte. C’est très paradoxal la souffrance. Pas seulement littéraire. La mélancolie, c’est une maladie horrible mais aussi légère. Légère pour nous emmerder. Et on s’en veut facilement d’être énervé par un mélancolique. Parce que le lendemain, on peut le retrouver pendu. Mais là, il m’emmerde. Mais quelqu’un qui a un k-!, il a honte d’être là : « déjà, je ne vaux pas grand-chose, mais en plus je participe à ce monde dégueulasse. » k-!! : le négativisme. Je ne vaux rien et le monde non plus. Tout est mal foutu. Tout est nul. Tout, tout le temps. Tu t’imagines vivre là-dedans ? C’est une fixette. Rien ne change. Il n’y a aucune mobilité. C’est typique de la catatonie. Ils ne peuvent pas arrêter d’harceler, d’être collants, tout est mal, rien n’est bon, rien n’est amusant, aucun plaisir à quelque chose et j’en jouis de vous emmerder avec ça. Je n’y trouve pas de plaisir, mais j’en jouis. C’est ma vie. Si je ne peux pas faire ça, je meurs. Ça, c’est la dimension violente de la catatonie. Roland Kuhn avait connu un patient qui pendant vingt ans (avant les neuroleptiques) est resté immobile et tout d’un coup, paf explosion. À la Borde, il y avait un malade immobile qu’on devait nourrir à la cuillère, et tout d’un coup, paf, il partait. Seul un soignant a pu l’approcher, c’était dans la forêt, et il a pu l’envelopper dans une couverture et le ramener. Les catatoniques quand ils regardent les infos, ils veulent les catastrophes. Le Liban, c’était une jouissance absolue. Les cyclistes qui tombent pendant le tour de France… un rire absolu ! On doit leur permettre cette jouissance, car sinon ils peuvent mourir.  p+ (Quatrième position) : c’est le moment où la fermeture s’ouvre à nouveau. J’arrive dans le monde auquel je participe mais que je n’assume pas (p-), alors que p+, je l’assume. Le passage de p- à p+.p+ : l’ouvert-participer à l’ouvert ; assumer l’ouverture du monde p+! : je n’en ai rien à foutre du monde autour de moi. Quand je suis ouvert, ça suffit. Et c’est moi qui décide. Je vais te dire ce que c’est le monde. Je m’appelle Zarathoustra. J’interprète le monde. Il n’y a presqu’aucun psy (chiatre, chologue)  dans leur protocole qui ne donne pas du p+!. Heureusement que ce métier existe. Comment opérotropiser son p+ ! C’est comme avec Ferenczi qui était bien copain avec Balint et Szondi : ils ont dit Freud, OK, mais ça va… on va en faire quelque chose. Donc quand Szondi voyait un p+! dans un protocole, il pouvait dire : alors tu  peux faire de la psychiatrie par exemple. Quand tu es pervers, il y a la bureaucratie, donc ça va pour opérotropiser ça. p+! ce n’est pas la perversion, c’est le moi. L’opérotropisation du p+!, ce sont les métiers libéraux. Ils n’ont pas besoin du monde autour pour dire qui est le monde. Les avocats pénalistes, ce sont eux qui sont le p+!!

 

 

[1] Un des mots-clés de la psychothérapie institutionnelle, c’est l’hétérogénéité. Si le milieu n’est pas hétérogène, on est dans le cloisonnement. Pour qu’il y ait de l’hétérogène, il faut de la libre circulation. Il faut lutter contre la tendance à l’homogénéisation, ce qui est intéressant, c’est la tuché , la rencontre réelle de ce qui n’est pas soi. Mettez des alcooliques ensemble, ils n’auront qu’un désir, celui de boire ! Regrouper les malades par pathologies, c’est une tendance héritée de la bureaucratie. Jean Oury