Découvrir le test de Szondi

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3 Exemples de profils Szondiens :

4 PASSATION DU TEST

4.1 Description

Le test se compose donc de six séries de huit photographies. Dans chaque série, nous trouvons un représentant des huit maladies pulsionnelles fondamentales, comme nous venons de le voir.

  1. Szondi a officiellement soutenu la thèse que les photos de malades mentaux ont été choisies par lui en fonction de deux critères: l’absence d’ambiguïté quant à la qualification nosographique du sujet choisi et l’existence établie, dans ses antécédents héréditaires, d’une pathologie analogue quantitativement lourde. La confection de séries parallèles à celle du maître hongrois aurait échoué – notamment celle de Balint – chaque fois que ces deux critères n’auraient pas été scrupuleusement respectés. Seule la série japonaise aurait une valeur égale à l’originale.

L’origine ethnique des sujets (germains et slaves) s’est révélée sans importance notable. Le test de Szondi peut s’appliquer tout aussi bien aux indiens, qu’aux asiatiques et aux africains. Ceci plaiderait pour le caractère universel des déterminants pulsionnels retenus par le maître hongrois. Comme J. Schotte l’a dit dans son discours de Budapest en 1993: « Si nous sommes en mesure de rendre compte de la cohérence interne du système szondien des pulsions et de démontrer par là son excellence théorique, le fait que le test fonctionne relève quasiment du miracle ». Quant au mystère qui entoure les raisons des choix de photos retenues par L. Szondi, il est destiné à rester pour toujours opaque. Le seul fait que presque toutes les photos ont été légèrement retouchées indique bien qu’il s’est fié à sa seule intuition pour accentuer certains traits et en atténuer d’autres.

Ce dont on peut être sûr, c’est de la réelle appartenance de ces personnages aux maladies qu’ils représentent.

Ainsi les hermaphrodites ont physiquement et psychiquement les deux sexes ; les dépressifs ont été photographiés en phase dépressive, les maniaques en phase maniaque, les épileptiques présentent une épilepsie essentielle et sont photographiés en phase inter­critique ; les sadiques sont presque tous torse nu, ayant été photographiés par la police après leurs méfaits.

4.2 Technique de Passation
Le test s’étale idéalement en dix passations, chacune d’elles espacée d’au moins 24 h. Un rythme régulier est préconisé par certains, laissé à discrétion par d’autres. On obtient ainsi 10 profils. « Chaque visage renvoie de jour en jour à un autre visage et fait de l’un, un déguisement de l’autre »11.

4.2.1 Disposition
Les auteurs varient dans la disposition des photographies : ils conseillent cependant tous de suivre la même démarche au cours des dix passations. Voici une démarche qui ne semble pas être critiquée.

On dispose les photos de la première série devant le sujet, en deux rangées (1-8).
Certains auteurs conseillent de rassembler les photos jusqu’à ce qu’elles se joignent afin d’éviter d’induire un choix chez le sujet par un éloignement fortuit de l’une ou de plusieurs d’entre elles mais, par expérience, coller les photos l’une à l’autre provoque du désordre lors du retrait des photos choisies. Il vaut mieux laisser un petit espace, mais de même distance, entre les photos. L’idée de paysage de visages doit cependant être conservée.

Susan Deri préconisait de distribuer les photos de telle sorte que la photo 8 se trouve en dessous de la photo 1, la photo 5 en dessous de la 4.

L. Szondi n’a pas constitué le test pour que les photos soient présentées isolément; elles doivent être présentées dans un ensemble. Une photo isolée s’objectiverait dans un « en-face » et polariserait ainsi tous les investissements du sujet. L’ensemble des photos, le «paysage» formé par ces visages, évite l’objectivation de l’une d’entre elles. Des effets de contraste apparaissent alors et le choix s’effectue à partir de seuils infimes, dont le sujet n’a pas de perception claire quant aux raisons de celui-ci; ce qu’il verbalise pendant le test ou ultérieurement : « Je prends ceux qui sourient » est une construction plutôt défensive et rationalisante a posteriori.
Ce qui est déterminant, ce sont les rapports entre les photos. Au niveau des visages se crée un champ tensionnel déterminant des rapports entre les visages et le choix de ces visages visibles s’effectue au niveau de l’invisible.

Les quatre premières photos peuvent être la rangée du dessous ou du dessus mais il est conseillé de toujours respecter, d’une passation à l’autre, les mêmes dispositions. Cependant, certains praticiens proposent de mélanger les photos d’une même série, à partir de la deuxième passation (on bat les cartes), afin de modifier les emplacements des personnages et ainsi éviter des répétitions de choix par mémorisation spatiale et d’offrir à chaque passation un champ pulsionnel interactif nouveau.

4.2.2 Consigne
La consigne suivante est celle proposée par J. Mélon.
« Je vais vous montrer quelques photos de différentes personnes et tout ce que vous avez à faire est de me montrer LES DEUX plus antipathiques (que vous aimez le moins) et LES DEUX plus sympathiques (que vous aimez le plus). Évidemment, il ny a pas de mauvais choix car aimer ou pas un visage est absolument matière à goût individuel».

L. Szondi et d’autres «szondiens» préconisent de commencer par les sympathiques.
Il ne semble pas que le choix de telle ou telle méthode ait une influence quant aux résultats du test.
Le test peut s’appliquer à partir de 4-5 ans, dès que l’enfant est capable de comprendre la consigne qui peut d’ailleurs être adaptée à son âge. La consigne vis-à-vis d’un enfant pourrait être de lui demander avec quelles personnes il aimerait faire une promenade (ou jouer) et avec lesquels il ne veut pas se promener.
Les photos choisies sont placées à l’écart, faces tournées vers la table, en deux ras distincts : les A I (antipathiques I) et les S I (sympathiques I). Les quatre photos restantes sont mises de côté, face tournée vers la table (I – VI).
On procède ainsi avec les 5 autres séries. Par expérience, il faut chaque fois répéter la consigne pour chaque série : on est jamais sûr que le sujet ne l’inverse pas.

A chaque sélection, nous avons donc :

– deux photos sur le tas A I
– deux photos sur le tas S I
– quatre photos sur le tas non sélectionné (I- VI, suivant les séries).

A la fin des 6 premières sélections nous avons donc :

– un tas de 12 A I

– un tas de 12 S I

– 6 tas de 4 photos non sélectionnées (I- VI).

Ensuite, on représente successivement, et dans l’ordre des séries (I – VI), les 6 groupes de photos non sélectionnées, placées en une seule rangée horizontale de 4 photos disposées au hasard. Nous avons personnellement choisi de les disposer toujours dans l’ordre des photos restantes. Chaque photo est collée contre la suivante ou à distance équivalente l’une de l’autre.
Pour la présentation des photos restantes, la consigne est :
«Maintenant, je vais vous montrer les 4 photos qui restent; regardez ces visages et désignez les deux que vous aimez le moins. qui vous semblent les plus antipathiques».
Les deux photos choisies sont ensuite placées, face vers la table, sur le tas A II (antipathiques II), les deux photos restantes étant placées sur le tas S II (sympathiques II).

A la fin de la passation, on possède 4 tas de 12 photos chacun :

AI     SI     AII     SII

 

L’entretien terminé, après le départ du sujet, l’examinateur reprend chaque tas et rapporte Je choix du sujet sur sa feuille de cotation12.
En retournant chaque tas, on a les choix de la première série au- dessus du tas.
A la fin de la première passation, on annonce au sujet que ce test sera répété 10 fois. Puis on ne lui rappelle plus cette information pendant les autres passations. Au début de la dixième passation, on signale au sujet que c’est la dernière. Ainsi, il est loisible d’observer, à travers la dixième passation, la possibilité de réactions du système pulsionnel du sujet face à la séparation, au départ (du test).

12Nous invitons le jeune szondien à s’exercer « à vide» à ces manipulations avant tout usage réel.

Inscription des résultats bruts
Les choix s’inscrivent en partant de la ligne centrale divisant horizontalement chaque damier en deux. On commence par remplir le grand damier (VGP) avec le groupe des antipathiques AI en dessous de la ligne centrale, dans l’ordre des groupes (I à VI), puis des sympathiques SI au dessus de la ligne centrale. C’est ensuite au tour du petit damier (EKP) situé en dessous du grand déjà rempli en utilisant Je même procédé. Les A II d’abord et les S II ensuite.
Au verso de chaque photo figurent trois indications, la catégorie nosographique (h, s, e, hy etc.), le numéro de la série en chiffre romain et, en chiffre arabe, la place que la photo devrait idéalement occuper dans la présentation de la série. Par exemple, pour une photo déterminée, nous lisons au verso : m, III, 4.

Il s’agit du maniaque[m] de la troisième série (III) de photos. Il devrait idéalement figurer en quatrième position dans la présentation des photos. Il est important de porter le numéro de la série (le chiffre romain donc) sur la grille de cotation (en chiffre arabe, bien sûr). Avec une simple une croix ou un quelconque autre signe, il est impossible de rectifier par la suite une erreur éventuelle de notation, erreur d’inadvertance qui se produit en moyenne une fois sur dix passations. Il est très fréquent en effet de se tromper de colonne13. Indiquer le numéro de la série dans la colonne du facteur considéré permet d’identifier l’erreur puisqu’on a les deux paramètres utiles : la catégorie nosographique et la série.
Une fois les choix effectués pour les six séries, le total des choix se trouve inscrit sur une grille où chaque tendance est représentée par une colonne quadrillée. Les choix sympathiques ont été notés au-dessus de la ligne médiane, les choix antipathiques en dessous. Le test nous fournit ainsi 12 choix sympathiques et 12 choix antipathiques, soit 24 choix qui constituent le profil d’avant-plan (VGP – Vordergrundprofil). On recommence l’opération avec les 24 photos restantes. Le second choix permet d’obtenir le profil d’arrière-plan expérimental (EKP – Experimentelle Kornplementär Profil). Le profil d’arrière-plan théorique (ThKP- Theoretische Komplementär Profil) constitue le négatif du profil d’avant-plan.

13Il est important de vérifier la justesse des annotations, vu les erreurs fréquentes. Pour cela il faut :
– Vérifier s’il y a 12 photos dans chaque ½ damier (VGP sympathiques, VGP antipathiques; EKP sympathiques et EKP antipathiques).
– Effectuer un compte vertical par facteur, VGP et EKP confondus : la somme doit toujours être égale à 6.
Il est donc indispensable de garder les 4 tas de cartes distincts tant que la vérification n’a pas été effectuée.

J. Mélon introduisit un 4ème profil (Ganzprofile) qui cumule les [+] et [-] du VGP et du EKP, faisant ainsi ressortir, notamment, les choix entièrement positifs et entièrement négatifs du sujet (un choix total est exprimé dans le Ganzprofile sous la forme de la double accentuation). Les espaces vides représentent les ambivalences.
Le rôle et la dynamique entre ces différents plans seront examinés plus loin.

Une fois obtenu le résultat de la notation directe, on dispose de ce qu’il est convenu d’appeler la grille des choix bruts (ou notes brutes).

Par exemple :

Figure 5 : Exemple de choix bruts

4.2.3 Conversion des choix bruts
Les choix bruts sont ensuite convertis en signes conventionnels, plus faciles à interpréter.
On ne doit toutefois pas oublier qu’en passant des signes bruts aux signes conventionnels, on perd une certaine quantité d’information. Pour les calculs statistiques portant sur des comparaisons entre deux ou plusieurs groupes de population, il est recommandé de se fier davantage aux choix bruts afin de retenir un maximum d’information.

Il existe pour chaque facteur quatre réactions ou signes. Ce sont :

[+] : la réaction positive, correspondant à un choix majoritaire de photos sympathiques ;

[-] : la réaction négative, correspondant à un choix majoritaire de photos antipathiques;

[±] : la réaction ambivalente, correspondant à un choix en nombre plus ou moins égal de photos antipathiques et sympathiques ;

[0] : la réaction nulle, correspondant à l’absence totale ou quasi-totale de choix.

Les réactions [±] et [0] sont appelées «symptomatiques» par opposition aux réactions [+] et [-], dites «radicales». Nous verrons plus loin pourquoi les premières peuvent être considérées comme «symptomatiques» et les autres comme «radicales» au sens de réactions ou facteurs «racines».

Lorsque quatre photos correspondant à un même facteur font l’objet d’un choix unilatéral, positif ou négatif, le signe est affecté d’un point d’exclamation ([!] Ausruf) qui indique la tension pulsionnelle. On parle dans ce cas de réaction «accentuée».

On notera respectivement :

Figure 6 : Tableau des transformations des choix bruts

Au moment du second choix, il peut arriver que, pour certains facteurs, il n’y ait plus de photo disponible ou qu’il n’en reste qu’une. Dans ce cas, on obtient nécessairement la réaction nulle, qui s’inscrit Ø à l’arrière-plan expérimental (EKP).

Remarque.
Théoriquement, la statistique nous amènerait à trouver, sur les 28 combinaisons de notes brutes possibles, 9 possibilités d’obtenir du [+], 9 possibilités d’obtenir du [-], 6 possibilités de [±] et 4 seulement de [0]. On devait donc s’attendre (statistiquement, toujours) à avoir plus de [±] que de [0]. Or, c’est l’inverse que l’on constate dans la pratique (voir index d’acting, point 6.5.4). Généralement, il y a deux fois plus de [0] que de [±]. Préférerions-nous passer à l’acte plutôt que mentaliser en suivant un atavisme éthologique ?!

Dans l’exemple repris à la figure 5, nous aurons le profil conventionnel suivant (figure 7).

 

Figure 7 : Exemple de conversion des choix bruts en réactions

 

4.2.4 Types de clivages
Au sein d’un même vecteur, les quatre réactions ([+],[-],[±], [0]) des deux facteurs qui composent le vecteur s’associent pour donner 16 types possibles de réactions vectorielles dénommées de la manière suivante :
Unitendance : [+ 0], [0 +], [- 0], [0 -]

Tritendance : [± -], [± +], [- ±], [+ ±]

Clivage horizontal : [++], [- -]

Clivage vertical : [± 0], [0 ±]

Clivage diagonal : [+-], [- +]

Quatdritendance. Intégration : [± ±]

Désintégration : [0 0]

L. Szondi fait un usage extensif de la notion de clivage. Toutes les réactions au sein d’un même vecteur résultent en effet d’une forme de clivage par rapport à ce que le maître hongrois appelle la «Ganztrieb», la «pulsion globale» où toutes les tendances sont associées : [± ±]. Il n’y a donc que la réaction «quadritendante» – à quoi correspond «l’intégration» – qui ne soit pas une réaction «clivée». Les notions d’horizontal, de vertical et de diagonal sont purement descriptives puisqu’elles désignent seulement l’association respective des deux tendances supérieures ou inférieures de la «Ganztrieb» (clivage horizontal), des tendances de gauche ou de droite (clivage vertical) et de celles qui sont croisées à la manière d’une croix de Saint-André. (X = clivage diagonal).

Le test de Szondi se passe en principe dix fois, avec un intervalle minimum de 24 h (L. Szondi préconisait même 48 h) entre chaque test. L’expérience enseigne qu’en dessous de quatre à six profils, l’interprétation doit être considérée avec beaucoup de circonspection.

Le grand avantage des passations multiples est de faire apparaître des variations qui autrement resteraient probablement latentes et passeraient inaperçues14.

Un seul profil est-il valable ? En principe, non. Cependant on se souviendra que toutes les études statistiques menées sur de très grands groupes, et notamment la statistique princeps de L. Szondi, ne comportait qu’un seul profil.

4.2.5 Premier profil

Le premier profil, presque toujours différent des suivants, a été appelé par Claude Van Reeth : le profil «carte de visite». Nous l’appellerons «le profil Van Reeth» Tous les praticiens du test confirment cette impression. Est-ce un effet de surprise qui fait en sorte que le sujet, lors de la première passation, fait étalage de défenses particulières qui correspondraient à une façade «présentable» et «acceptable», lesquelles ne se représenteront plus exactement pareilles par la suite ? C’est jusqu’à présent la seule explication que nous pouvons produire de ce curieux phénomène.

Il est assez remarquable que l’interprétation livrée au patient sur base de ce premier profil est presque toujours bien reçue, ce qui ne sera plus le cas ultérieurement, lorsque celui-ci relâchera ses défenses.

Plus les profils sont nombreux, plus le diagnostic sera probant, nuancé mais aussi plus difficile. Nous verrons plus loin, dans le chapitre «Principes de l’interprétation» quels types de calcul il est possible d’effectuer sur un protocole.

La question est souvent posée de savoir s’il est légitime de se faire passer le test à soi-même. Ce n’est pas interdit mais il est préférable de demander à une tierce personne de s’en charger. Il y a de bonnes raisons de croire que l’auto-passation infléchit les résultats dans le sens d’une déviation narcissique liée à l’absence de censure qu’exerce inconsciemment le tiers. Par ailleurs, il est évident que la connaissance de l’identité des photos et de ce qu’elles signifient constitue un biais difficilement surmontable.

14D’une certaine façon, le Test de Szondi est la seule épreuve clinique permettant au sujet de «rectifier le tir» d’une première passation.